kimkat2131k Joseph Cuillandre (Brezhoneg: Jos Kuilhandr) Contribution a l'étude des textes corniques. Rhan 1. Revue Celtique 48 (1931): 1–41. Rhan 2. Revue Celtique 49 (1932): 109–131.

14-11-2018

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Contribution a l'étude des textes corniques.
Joseph Cuillandre (Brezhoneg: Jos Kuilhandr)
(23-09-1880 Molenez, Breizh – 04-03-1955 Roazhon, Breizh)
Rhan 1. Revue Celtique 48 (1931): 1–41.
Rhan 2. Revue Celtique 49 (1932): 109–131.


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CONTRIBUTIONS A L'ETUDE DES TEXTES CORNIQUES

 

Au cours de la minutieuse étude des textes comiques que j'ai entreprise depuis voici près de huit ans, à la demande de mon vénéré maître et ami, M. J. Loth, en vue de collaborer avec lui à un dictionnaire complet de la langue comique, j'ai relevé un nombre assez considérable d'inexactitudes et d'erreurs d'interprétation dans l'édition, consciencieuse pourtant, des Ordinalia par Edwin Norris, dans le Lexicon CornuBritannicum de Williams, et même dans les éditions que l'éminent celtiste Whitley Stokes a données de Pascon agan Arliith, deBetinans Meriasekex.de Gwreans an Bys. Ces inexactitudes et ces erreurs qui, parmi tant d'autres relevées et corrigées par lui ', avaient échappé à la savante sagacité de M. Loth, font l'objet des notes dont je commence la publication. Je réserve toutefois, pour être publiées à part, celles de mes notes qui se réfèrent à Pascon agan Ai luth, le chef-d'œuvre, à mon avis, de toute la littérature comique connue, et le plus délicat à expliquer. Il m' arrive parfois de revenir sur des passages déjà corrigés par M. Loth et de suggérer une rectification différente de la sienne. Je ne le fais — ai-je besoin de le dire ? — qu'avec la déférence la plus respectueuse, et avec une extrême prudence, pour des raisons sérieusement fondées. Je ne propose, dans les présentes notes, aucune interprétai . |. Loth, Remarques et corrections au Lexicon Cornu-Britannicum de Williams {Rev. Ceît. XXIII, pp. 237-302). — Corrections aux Cornish Diamas de Norris {Rev. CeU. XXVI, pp. 219-267). Revue Celtique, XLVIII. '

 

 

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2   Cuillandre.

 tion qui ne soit éclairée par le contexte même ou par d'autres passagesdes textes comiques, et corroborée, toutes les fois qu'il est unie, jxtr des rapprochements avec les autres langues brittoniques.

 Les textes une fois bien établis — et ils l'ont été grâce aux collations faites par Wh. Stokes, même pour les Ordinalia, dans Archiv fur Celtische Lexicographie (I, 2, p. 161 sqq.) — je m'astreins de propos délibéré à un respect scrupuleux de la leçon qu'ils présentent, estimant que modifier un texte, pour l'unique motif qu'on ne le comprend pas, est un procédé hasardeux et désespéré. Pour permettre ultérieurement de les consulter avec plus de facilité, j'ai disposé ces notes dans l'ordre alphabétique. Voici les abréviations dont je me sers pour les références : O. : Origo M midi; P . : Passio Domini ; R. : Resurrectio Domini; trilogie de Mystères, désignée par le vocable Ordinalia, et publiée sous le titre : The ancient Cornish Drama, par Edwin Norris (Oxford, 1859, 2 vol.); Pasc. : Pascon agan Arluth, avec trad. et notes de Wh. Stokes (Philohgical Society s Transactions, 1860); M. : Beunans Meriasek,wec trad. et notes de Wh. Stokes, (Trûbner and C°. London, 1872); Gwr. : Gwreansan Bys, avec trad. et notes de Wh. Stokes, (Philolog. Soc. Transact., 1864); Gen . III : Le ; e chapitre de la Genèse, texte comique moderne publié avec trad. par J. Loth (Rev. Celt. XXIII, pp. 174185); ._ ,. S. M. IV, ou II : Les 4 e et 2 e chapitres de Saint Mathieu, textes comiques modernes, publiés avec trad. parj. Loth (Revue Celt. XXIII, pp. 185-200); Lh. : Lhwyd, Archaelogica Britannica (Oxford, 1707); W'ill. : Williams, Lexicon Cornu-Britannicum (Uandovery, 1865). * * *

 

 

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L'étude des textes comiques.

 3 A, pour an, article. Dans ses Additions, p. 397, Williams propose de voir dans a une forme parfois abrégée de l'article défini, et il en donne trois exemples. lia sans doute raison pour deux exemples : O.892; P. 572. Dans le troisième, R. 2558 : art a grogen, « par le crâne », c'est bien l'article aussi, mais la lecture est fautive. La leçon du ms. donne : dre an grogen (Stokes, Arch. fur Ce! t. Lexic . ), avec l'article sous sa forme normale. A, relatif. a) Une construction très régulière est celle du pronom relatif, employé sans antécédent, avec le sens de « celui, celle, ceux, celles qui (ou que) »; cette construction se rencontre maintes fois dans les textes comiques.

 Stokes ne l'a pas comprise, dans le passage : da ythomleth a feyys (M. 2491), qu'il traduit : « fighting well I hâve fled ». Il faut entendre : « Il se bat bien, celui que j'ai méprisé » ; non plus que dans celui-ci ; a vyna hy the guerays yn dyweth ny veth tollys (M. 3782), ou Stokes, confondant le relatif avec la conjonction a = «si », et la préposition the avec l'adj. possessif 2 e sing., entend : « If she will help thee... etc. », alors que le sens est : « celui qu'elle voudra secourir, à la fin ne sera pas déçu »; ni dans cet autre : pesy warnaff a relia (M. 4288). Stokes : « If they should pray to me », au lieu de : « ceux qui me prieront ...»

 

 

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  Cuillanàre. Il est vrai que dans ces deux derniers passages (dans le premier la proposition relative sert de sujet à la principale), les propositions relatives équivalent, en hn de compte, à des propositions conditionnelles, par une tournure analogue a celle qui comme en latin, est si fréquente en ancien français et encore au XVII e siècle, le relatif qui, en tète d'une proposition, avant le sens de « si quelqu'un », « si Ton », avec ou sans le conditionnel; d. La Fontaine : Bonne chasse, disait-il, qui l'aurait à son croc. (Fables, V, 8, 8 ; cf. X, 8, 6). Et voici encore un exemple du relatif avec cette même valeur et dans ce même emploi, mais avec rappel de l'antécédent dans la principale qui suit : sav a vo in bevnans da gravs du purguir the benna vn dvweth certen nv tvl ' ' M. 5662-3664), « mais celui qui sera (= « si quelqu'un est ») en bonne vie, la grâce de Dieu, bien vrai, à celui-là ne fera pas défaut a la fin ». ... b) Il arrive même que l'on ait une proposition relative, sans relatif exprimé ; ainsi dans le 3 e vers du passage suivant : guel vv genen nv merwel es gorthya devle dyogel vn bysma w gruevs Apol (M. 1234-1236), « nous aimons mieux mourir que d'adorer le diable, certainement qui en ce monde est nommé Apol[lon] ». Cette subordination sans relatif exprimé a échappé à Stokes, qui met un point après dyogel et tait une principale de la subordonnée relative • « in this world Apollo is made » . c) La particule verbale a prête parfois à des contusions avec le relatif a ; elle lui était du reste identique, à l'origine, et la valeur du relatif ne s'est ainsi atténuée qu'avec l'emploi fréquent de la construction dite emphatique. Considérant pegha

 

 

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L'étude des textes comiques.

 5 comme verbe d'une proposition indépendante en construction emphatique avec le pronom personnel pour sujet non répété, Norris traduit : me re bue peghadoras a peghas marthys yn iras (R. 1097-1098). « I hâve been a sinner; I hâve sinned wondrous much ». En réalité, la deuxième de ces propositions est une subordonnée relative ; a est ici en fonction, non pas de simple particule verbale, mais de pronom relatif, et il a pour antécédent peghadoras. Il faut entendre : « Moi, j'ai été une pécheresse, qui a péché d'une façon prodigieusement grande. » A, particule verbale. « Le moucheron tuerait un cheval, s'il pouvait ». . . . an webesen a lathii. margh a calla (M. 2422), crie Teudar, se moquant des menaces de son adversaire. Le premier a (dans : a latha) est la particule verbale devant un conditionnel. Stokes semble y avoir vu, bien à tort, la préposition a suivie d'un infinitif, dépendant de la proposition conditionnelle, dont le verbe serait — autre erreur — à la i re pers. sing : « If I could kill a horse ». Pour an webesen, voir ma note à guibeden. A, nota augens. « Who does not my désire », c'est ainsi que Norris traduit le vers : ma nv wrefa o\v desvr (R. 2473)La traduction est inexacte. Il faut entendre : « S'il ne fait, lui, mon désir ».. . Celui dont il s'agit et qui est désigné par le pronom personnel 3 e sing. qui suit le verbe et s'appuie sur lui (ivre/a), est le même que celui dont il est question au v. 2469 : . . . nep na vynno crygy, « quiconque ne voudra pas croire ».

 

 

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<-.   Cuillattdre. Av. un pour rôle de servir de renforcement au sujet, au complément, parfois même à l'adjectif possessif, ce pronom personnel postposé se présente, pour la 3 me pers. du sing. masc, tantôt sous une forme simple -a ou -e, pour ef, par ex. dans : del yweÇO. 1822), del ewa (Gwr. 490) = del yw ef (O.1494), " comme il est, lui » ; ow thas pan ewa marowe (Gwr. 2078), m. à m. « mon père, puisqu'il est, lui, mort »> ; xn ylea ef (Gwr . 337), « à sa place, a lui », kyn theiva (Gwr. . « bien qu'il soit, lui », etc. ; tantôt et même assez fréquemment en moyen comique, en comique moderne surtout, sous une forme redoublée ej-e, ef-a ev-e, ev-a, réduite parfois à -/(' ou -fa, crou -va. Ainsi dans : ottefefK. 1901), « le voici »; panphyt v mefe, pour yma ef-e (R. 2053), « quelle situation (est celle) où il est, lui ?» ; bythqueth whei na feveguel (P. 384), « jamais encore il ne fut, lui, mieux »; j'aie! nie fa (R. 2062), « comme il est, lui » ; yth ofe (R. 2 121), « qu'il était, lui » ; merough pymava (Gwr. 1 139), « regardez où il est, lui » ; henna gwelys panvova (Gwr. 1182), m. à m. « cela, vu quand ce sera » ; tbelh owne vredar ythova pour \th ev-a (Gwr. 1300), « ton propre frère, il était, lui », etc. Dans l'exemple que l'on trouve dans M. 334 : niar ny rêva comme dans celui de R. 2473 : ma //v wrefa, le verbe est accompagné de la nota augens sous la forme redoublée : niar ou ma ny wra ef-a. A, interjonction. A ne peut être le verbe « aller », dans le vers : a war agys cam vvhy pobyl (M. 2022), comme l'entend Stokes : « Go on your wav... » ; on aurait eu : euçh (impér. 2 e plur.), « allez ». Ce ne peut être que l'interjection ; ci'. : a das ha mam (M. 25) e 6 père et mère », etc. — Il faut donc traduire : « Ah ! de la modération, vous, peuple! » ou encore : « Ah ! tout doux... Modérez votre allure, vos paroles. » — Pour ce sens de l'expression war gant, « au pas » « en mesure », voir J. Loih, Rev.Celt. XXVI, p. 250.

 

 

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L'étude des textes comiques.

 7 A, conj. « si ». Adam, las de la vie, souhaite de mourir : Guvn veys a quellen vn wyth an termvn the thewethe (O. 685-686). Sans rendre compte de a, qui est ici la conjonction de condition « si », Norris traduit trop vaguement : « Gladly I would see. . . ». Il serait plus exact de traduire : « Heureuse destinée, si je voyais, une fois, le terme pour finir ». — Voir à dewethe et à termyn, d'autres inexactitudes à propos de ce même passage. Outre l'erreur qu'il a commise en confondant l'impersonnel y coth, « il convient », avec le verbe gothvos, « savoir », Wh. Stokes ne rend pas, lui non plus, compte de la conj . de subordination a, « si », quand il traduit a cothfes ]3ar « thou oughtest... » dans le passage : Du avan prest o y days a cothfes y attend va (M. 866-867). Le sens est : « Dieu là-haut assurément était son père, si tu savais le considérer ». Même rectification à faire à la traduction : « [thy belief] should be good » que donne Stokes de la locution ape da (M. 1762). Il faut entendre : « Si elle était bonne (ta croyance). » A, prépos. « de ». Stokes s'est trompé en traduisant par « of [thy] God » l'expression a tbit dans : a thu nv vyn boys covsis mas a crist a thuk mernans (M. 789-790). Le vrai sens est : « De dieu (= d'aucun dieu) il ne veut que soit parlé, sauf du Christ qui subit la mort » .

 

 

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s   Cuillandre.

 A, préposition à double sens, marquant le point de départ et le mouvement vers Dans ses Remarques et additions à l'Introduction to Early Welsh de John Strachan (Rev. Celt. XXXI, p. 150), M. Loth a constaté en gallois le double emploi de la préposition 0, o-c (irl. 0) pour marquer le point de départ et le mouvement vers, et il cite à ce propos l'exemple significatif : pan doeth Freine Franc 1» erchy vechyd, « quand vint de France le Franc pour chercher la santé » (A/vr. Arch., 195 . 1). Il a signalé à l'appui, ce qui est décisif au point de vue du sens et de l'origine, le double sens de la, particule sanscrite à. Whitney (Sanskrit grammar, 1879, p. 87, § 293, c) établit que â a le sens dehither jrom, ail theway from, et aussi quert fréquemment donne le sens de alllheziHix to, until. M. Loth ajoute que c'est ce dernier sens que l'on a dans le gallois a-dref, à la maison, jusqu'à la maison. En comique et en breton, la préposition a, a-c, identique à la préposition galloise t>, o-c, est d'usage courant (voir Gr. Celt. 667, 608, 930; Holger Pedersen, Vergi. Gr. I, 438 II, 162, 163, 168), mais elle n'a jamais encore été signalée au sens de mouvement vers. Or j'en constate l'emploi avec ce dernier sens aussi en comique, tout comme en gallois. Bien que la mutation ne soit pas toujours écrite en moyen comique, on constate, à n'en pas douter, que cette préposition provoque régulièrement adoucissement de la consonne suivante. Par là, à première vue et sans qu'il soit même nécessaire de recourir à la discrimination fournie par le sens, il est impossible de la confondre avec la particule a qui, en comique plus récent, est une forme réduite du moy.-corn. ow (owth devant voyelle), venant de orth, îvorthÇbvet. 011^, i>~, 0), et qui, jointe à l'infinitif pour exprimer le participe présent, provoque au contraire mutation par renforcement (ci. Gen. III, 5 : a cotha~, « sachant »; l'infinitif moy.-corn. est gothvos, « savoir »). Une autre constatation digne de remarque, c'est qu'en :d de tous les emplois — ou peu s'en faut — de cette préposition a, au sens de « à, vers, pour », des exemples se

 

 

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L'étude des textes comiques.

 9 trouvent dans les textes d'une construction normale identique avec la préposition tha (the, X/Ù> laquelle du reste n'est pas différente de sens. Il y a moine, en comique moderne, un exemple dans lequel, dépendant d'un verbe unique, deux infinitifs sur le même plan grammatical et coordonnés comme ayant une fonction semblable, sont précédés, le premier de la préposition a, le second de la préposition tha : Jésus dalla a boroga ha tha huile (S. M. IV, 17), « Jésus commença à prêcher et à dire... ». Faut-il voir là une faute de scribe et pour a lire tha ? Mais du moment que a se rencontre ailleurs en pareil emploi, peut-on ici parler de faute? Et le texte paraît bien établi (voir Rev. Celt. XXIII, p. 190). Jusqu'à preuve formelle du contraire, l'exemple n'est donc pas à récuser. Voici les exemples que j'ai relevés de cet emploi. Pour qu'il ne puisse subsister aucun doute sur le sens, à la suite des constructions avec a j'expose les constructions avec tha (the, je) dans la mesure où je les trouve parallèlement employées dans les textes. I. — Emploi de la préposition devant un nom. Avec le verbe dos, « venir » : a ierusalem thynny -ef a thueth a gai vie (Pasc. 107, 3). « à Jérusalem jusqu'à nous, il est venu de Galilée ». La scène se passe à Jérusalem; là, les Juifs, qui se sont emparés du Galiléen Jésus, l'accusent devant le tribunal de Pilate. Aucun doute n'est donc possible sur la valeur et le sens de a dans a ierusalem ; incontestablement la préposition, dans ce groupe, marque direction vers, but dû mouvement, et cette indication est confirmée par le pronom personnel, composé, lui, de la préposition the (tha), thynny, « à nous, vers nous, jusqu'à nous », qui accompagne et précise le nom de lieu. Notons, en passant, que cet emploi parallèle de deux compléments ayant fonction semblable, l'un précédé de a, l'autre the (tha) rappelle l'emploi analogue que j'ai signalé plus haut, en comique moderne, et confirme la remarque que j'ai faite à ce propos.

 

 

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io /• Cuillandre.

 Avec le verbe dos, « venir », c'est la préposition the (tha) qui est généralement employée devant un nom ou un pronom pour marquer la direction vers : et a tliue the galyle (R 797), (i il viendra jusqu'en Galilée » ; dun ny the tre (R. 805), " venons, nous, à la maison »; y te theugh (R. 914), « qu'il viendra vers vous », etc. — De même devant un verbe a l'infinitif pour marquer le but à atteindre : the grygy thomas a thue (R. 121 9), « Thomas (en) viendra à croire » ; dos gynen | omma thagen lowenhe (R. 1166-1167), « venir avec nous ici pour nous réjouir » ; pan thueth ihesu gallosek | thagan mvras... (R. 1177-1178), « lorsque vint Jésus puissant, pour nous visiter », etc. Je crois devoir faire remarquer que dans le vers de Pascon (107, 3) dont il s'agit, la même proposition contient, outre le complément de lieu précédé de a, « à, vers, jusqu'à » : a Jérusalem (question quo), un autre complément de lieu précédé de a, « de », marquant point de départ : a galyle (question undé), absolument comme dans l'exemple gallois de la Myv. Arch. 195. 1, que je rappelle plus haut. Avec le verbe dyghtye, « préparer » : fvstvn leman me ath pys mav îo dvghtvs a vreder (P. 691-692), « hâte-toi maintenant, je te prie, pour que ce (= le souper) soit prêt (préparé) pour les frères ». Je montre plus loin (voir ma note à breder) que, dans ce passage, breder est le pluriel du nom brodar, « frère », et que la préposition a qui le régit n'est et ne peut être que celle qui signifie « à, pour », emplovée ici pour marquer destination. II. — Emploi de la préposition devant un infinitif. Avec la locution gui bost, « se vanter » : corf y n beth a worseugh whv a wre bost a thassergliy (R. 45-44).

 

 

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(delwedd F0299) (tudalen 011)

L'étude des textes comiques.

 1 1 n le corps que vous avez mis dans la tombe se vantait de ressusciter ». On ne peut objecter que, dans le groupe a thasserghy, a est une particule verbale suivie d'un mode personnel (le futur secondaire 3 e pers. sing.). Si l'on avait affaire à un mode personnel, la construction eût exigé devant le verbe, non pas la particule verbale a, mais la particule y (= yth), qui eût provoqué, à l'initiale du verbe datherghy, renforcement de la sonore dentale d en sourde t ; c'est ce que l'on trouve en effet dans une construction analogue où le verbe subordonné est de fait au futur secondaire 3 e pers. sing. : pan bostyas. . . v tasserghy (R. 374), « quand il se vanta. . . qu'il ressusciterait ». (Cf. même renforcement de la dentale initiale après la cor\\.hyn :kyn tassorgho (R-379), « lors même qu'il ressuscite », m. à m. « ressuscitera », futur primaire.) Dans le passage R. 43-44, il est à noter que l'on ne se vante pas d'un acte passé, mais d'un acte à accomplir dans l'avenir, c'est-à-dire d'un but à atteindre ou simplement d'une intention. Tel est bien le sens de notre préposition a, et très normalement elle provoque adoucissement de la sonore initiale de l'infinitif datherghy en spirante th:a thasserghy. Après la locution ry cummyas, « donner congé » : ro thym kymmeas me ath pys, % a kym'ere corf ihesu, (P. 5112-3113), « donne-nous congé, je te prie, pour prendre le corps de Jésus. » Cf., dépendant aussi de cummyas, des constructions analogues avec la prép. the : adam cummyas scon a fyth hys the baal luen the drehv (O. 379-380), « Adam, tu auras immédiatement congé de fendre (la terre) pleinement (de) la largeur de ta bêche » ; gvyn agan beys bos granntyes thynny cummyes the baies . . . (O. 41 1-412, 414),

 

 

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i 2 J. Cuillandre.

 Heureux notre sort..., qu'il nous ait été accordé congé de bêcher... » guyn ov bvs kafus cummvas tlic wothfos pvth vo ena (O. 7)0-75i),
Heureux mon sort d'avoir la permission de savoir ce qui y .sera ». iosep vs thyso cummyas an corf ker the anclethyas (P. 3 159-3 140), « Joseph, as-tu la permission d'ensevelir le cher corps? » cummyas grantyys thym yma thy anclethyas. . . (P. 5 146-5 147), « permission m'est accordée de l'ensevelir », etc. Avec le verbe cusyllye, « conseiller » (2 exemples) : me ath cusyl a grvsv (R.1130), « je te conseille de croire »; cusyl lyough menough ihesu ' a gase y wokyneth (P. 1 807-1808). « Conseillez vivement à Jésus d'abandonner sa folie ». Construction analogue avec the : . . . pyth yv the cusyl worth an drana the wruthyl (R. 25-26), quel est ton conseil de faire contre cette chose-là ? ». Avec le verbe dalkth « commencer » : Jésus reag dalla a boroga ha tha laale (S. M. IV, 17), « Jésus commença à prêcher et à dire... » Avec le verbe danfon (danvern), « envoyer » : an emprour rem danfonas a whvlas vn pow gueras (R. 1645-1646),

 

 

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(delwedd F0301) (tudalen 013)

L'étude des textes comiques.

 1 3 « l'empereur m'a envoyé pour chercher dans le pays guérison (pour lui) » Constructions avec thc après le même verbe : thc wnues thym danfon thum confortye (R. 509-510), « ... de vouloir envoyer à moi, pour me réconforter... » dew Jen crist a 5anvonas ' 5 e berna boys ha devas (Pasc. 42. 1), « le Christ envoya deux hommes pour acheter nourriture et boisson » ; an nef y fe danvenvs 'el 5°5° 5Y gomfortye (Pasc. 58.2), « du ciel fut envoyé un ange vers lui pour le réconforter » ; Jojo ihesus jy thampny * pylat bys pan danvonas (Pasc. 110.3), « jusqu'au moment où Pilate lui envoya Jésus pour le condamner ». Avec la locution verbale dyîytyma, « il y a délices » : yma theugh mur a thylyt a ymknouke (P. 2323-2324), « c'est pour vous beaucoup de délices de vous cogner mutuellement ». La locution étant rare, je ne l'ai pas trouvée construite avec tbe. Avec la locution verbale dysyr yma et un pron. pers., « avoir désir » : yma thymmo mur dysyr a wothfes ortheugh an guyr (R. 194-195)» « j'ai grand désir de savoir de vous la vérité ». Cette locution verbale est peu fréquente, aussi, dans les textes. Pas d'exemple avec the.

 

 

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(delwedd F0302) (tudalen 014)

i.l   Cuillandre.

 Avec la locution verbale othem (etbotri)us s « besoin est » : pan othem vs thysogy a naha roweth an bys (M. Î56-3 57), « quel besoin est à toi de renier les biens du monde ». Après cette locution verbale, les exemples de construction avec la prépos. the ne manquent pas : tlien arluth ethom yma the wruthyl «ans an rena (P. 182-183), « au Seigneur besoin est de faire avec ceux-là » ; v fyth othom anethe the gunde mab den (O. 1949-1950), « on en aura besoin pour faire souffrir (?) le Fils de l'Homme ». mar pvth othom theth weres (R. 596), « si besoin est de te secourir » . Avec la locution verbale composée de gras {grath) « avoir, (ou accorder) la grâce de » (3 exemples) : . . .gras a wul da pup prys (R. 821), « la grâce de bien agir à tout instant » ; rag golowder nymbus grath a whythre warnas vn prys (O. 1413-1414), « à cause de la lumière (éblouissante), je n'ai pas la grâce de jeter mes regards sur toi un instant » ; ro thvmmo grath -a thos theth plath gans the eleth (P. 291-292), « donne-moi la grâce de venir à ton séjour (place), avec tes anges » .

 

 

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(delwedd F0303) (tudalen 015)

V étude tics textes comiques.

 15 Constructions avec the, après la même locution verbale : arluth 10 thvmo an gras vn wvth the weles the fas (R. 826-827), « Seigneur, accorde-moi la grâce, une fois, de voir ta face » ; . . . . ro thvm an gras . . . .the gafos spas gynes hvthev . . . (R. 839-841), « accorde-moi la grâce d'avoir occasion (de me rencontrer) avec toi aujourd'hui » ; .... gras ha whans 5 e wolsowas y basconn (Pasc. 1,2), « . . .grâce et désir d'écouter sa passion » ; . . . .gras ha skyans nhejerevas. . . (Pasc. 1, 3), « . . .grâce et science pour (la) raconter. . . » an tas an nef caradow roy thotho grath thy seruye (O. 679-680), « que l'aimable Père du ciel lui donne la grâce de le servir » . Après le verbe hyrghy, « prescrire, ordonner » : cayphas re hyrghys thywhy a thos the ierusalem (P. 16481649), « Caiphe vous a prescrit de venir à Jérusalem » . Avec le verbe pesy, « prier » (nombreux exemples : 15) me ath pys thym a gafe (R. 1548), « je te prie de me pardonner » ; me ath pys arluth a ras a thanfon thvnny cannas (R. 767-768),

 

 

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(delwedd F0304) (tudalen 016)

i6 ./• Cuilïandre.

 t( prie, Seigneur, de grâce, de nous envoyer un messager » ; me an pys a lue n golon lies thvnimo a thanfon (R. 1715-1716), « je le prie, de plein cœur, de m'envoyer la santé » ; [caiphas] ath pys a thos thotho bvs vn tre (P. 565-566), « [CaïpheJ. . . te prie de venir à lui (= le trouver) jusqu'à la maison (chez lui) » ; ow map whek me a vynse a luen golon the pygy a thos thym ha fystyne (R. 447-449). « mon doux fils, je voudrais de plein cœur te prier de venir à moi et te hâter » ; me ath peys a thybry gynef vn prys (P. 45 5-4)6). « je te prie de manger avec moi un repas » ; [lauar] ..... my thy bysy a leuerel guyroneth (O. 701-702), « [dis]. . . que je le prie de dire la vérité » ; .... ef ad pygys a leuerel guvroneth (O. 739-740), « il t'a prié de dire la vérité » ; pie ma ihesu the pygy a leuerel thymmo vy (R. 1649-1650), «... te prier de me dire, à moi, où est Jésus » ; me ath pysse a pridiry ahane (P. 2906-2907,

 

 

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(delwedd F0305) (tudalen 017)

 L'étude des textes comiques.

 17 « . . .je te prierais de penser à moi » ; me ath pvs yn cheryte a sauve o\v dew lagas (P. 395-396), « je te prie, par charité, de guérir mes deux yeux » ; me ad peys arluth vhel then tyr ty a ry cummyas (O. 575-376), « je te prie, haut Seigneur, de donner congé (de permettre) à la terre ...» conseler gentyl yth pysaf a rv thymmo cusvl tha (O. 1 566-1 567), « gentil conseiller, je te prie de me donner un bon conseil » ; agis pesy y fanna a ry dymmo vy ordys (M. 520-521), « je veux vous prier de me donner, à moi, les Ordres » ; meryasek me ath pesse a wul vn dra ragovy (M. 2056-2057),
Mériadec, je vous prierais de faire une chose pour moi » . Après le même verbe pesy, on trouve normalement aussi la construction avec la prépos. the (tha) 1) devant un nom.: pesy may halle | jy das (Pasc. 53, 3 et 4); me a bys than leal drenges (Gwr. 1399), « je prie la loyale Trinité » ; me a beys tha wrear neff (Gwr. 2605), « je prie le créateur du ciel », etc. — 2) devant un infinitif, comme dans les exemples cités plus haut, avec a : [dvn] .... the pygy o\v thas ker dre y votli thagas gwythe (P. 109-11 1), Revue Celtique, XLVIII. 2.

 

 

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(delwedd F0306) (tudalen 018)

iS /• Cuillandre.

 « [allons] .. • prier mon cher père, par sa volonté, de vous garde . . . .me a beys crist ihesus thagis socra pur» termen (M. 591-592). « je prie le Christ Jésus de vous secourir en toute circonstance » . Avec la locution verbale rcxs(xzc), « il est nécessaire de » : may revs thymrao vn torma a clewas ol y voys ef (O. 1486-1487), . . .qu'il v a nécessité pour moi en cette occurrence d'entendre toute sa voix, à lui ». Constructions avec the après la même locution : fvsteneugh o\v leuerel pendra revs thyn the wuthui (R. 2251-2252), « hàtez-vous de dire quelle chose il nous est nécessaire de faire » ; reys y\v porris lieb strevye "both o\v Jasje vos sewijs (Pasc. 73.4), « il est nécessaire, absolument nécessaire que, sans lutter, la volonté de mon père soit suivie » ; dusruneow drok na da ny revs Jynnv3e welas *awos dampnye an denma (Pasc. 94, 5-4), « des témoignages mauvais ni bons, il ne nous est pas nécessaire d'(en) chercher, pour condamner cet homme-ci ». Avec le verbe sconya, « refuser de, se refuser à » : ny sconnyaf vn nep maner a wul ol the woluneth (O. 1291-1292), « je ne refuse en aucune manière de faire toute ta volonté ». Même verbe construit avec la prépos. the : henna pedyr a sconyas "ihesus^e wolhy v <1-, , (Pasc. 46.1), « cela, Pierre le refusa, que Jésus lui lavât les pieds » .

 

 

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(delwedd F0307) (tudalen 019)

V élude des textes comiques.

 19 Abel. .-/West bien l'adverbe comique qui signifie « de loin, au loin » (hret. a-bell), dans le vers : an remyv fyys abel (M. 3544), « ceux-ci se sont enfuis au loin ». Mais dans le passage suivant : vma orna tus arvov hag archers gaus guaregov abel purguir dy latha (M. 5910-3912), c'est l'adjectif anglais abtt, « capable, à même de ». Et Stokes traduit à tort « . . .from afar. . . ». Il faut entendre : « Il y a ici des gens d'armes et des archers avec des arcs, capables sûrement de le tuer » (m. à m. « de la tuer, dy latha, le nom dragon étant féminin en comique). De même dans cet autre passage : nynso abel thum perthv (M. 2495), « il n'était pas capable de me résister ». L'anglais able (= suffixe tranç. -able) se trouve en comique dans le composé mercyabyl (M. 2173), « miséricordieux », dont la variante merciabal, mal comprise par Williams après Pryce, a été correctement rétablie et expliquée par M . Loth {Rem. et corr. au Lex. Cornu-Britann., Rev. Celt. XXIII, p. 237). A dal. Pour avoir, bien à tort, prêté une valeur passive à cette forme verbale, Norris commet un contre-sens formel, en traduisant : dev a dal theugh ol henna (O. 1198), « O God, ail this is due to vou ». Bien au contraire a dal a

 

 

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(delwedd F0308) (tudalen 020)

20   Cuillandre.

 un sens transitif qui a pour régime direct ol henna, dev étant sujet (non pas apostrophe) et il faut traduire : « Dieu vous revaudra (paiera) tout cela ». De même dans : my an talvvth thyugh (O. 2387), « je vous le revaudrai (paierai) » ; dev tal thyso ov mones the rv thvmo dvgnvte bras. . . (O. 2605-2607), « Dieu te revaudra d'aller me donner une grande dignité » ; hag ef a dalvyth j\s wheth. y honore delwrussys (Pasc. il 5-4), « et il te le revaudra encore, de l'honorer comme tu as fait » ; cryst ihesu dys ren tala (M5)8), « que le Christ Jésus te le paie » (cf. encore M. 755, 1097, 4248). Même sens dans la formule de remerciement et de souhait Durdaîa (== Du re dalo), Dieu (vous) le repaie ! » ; cf. Pryce : Durdala tha why; Borde : Durdala de why, « I do thank you » Agas, prép. -jadj. poss. De même que ant et ath dans les emplois que je signale plus loin (voir Am et Beiv), agas dans : agas enour gromercv (O. 2384), comporte la préposition a, « de » jointe à l'adjectif possessif 2 e pers. plur. infixe : « de votre honneur, grand merci ! » Norris traduit bien inexactement et par à peu près : « thanks /(» you for the honour » . Agis, autre forme de agas, se retrouve avec la même valeur et le même sens <> de votre » en maints passages : mur gras y wotheo nefra thywy agis bolnogeth (M. 309-310),

 

 

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(delwedd F0309) (tudalen 021)

L'étude des textes comiques.

 21 « nous vous saurons beaucoup de gré de votre (bon) vouloir. (Pour Terreur commise par Stokes sur le verbe, voir ma note à gotherî). thyugh mur grays thvm agis bolnogeth da (M. 320-321), «. . .grand'grâce à vous de votre bon vouloir pour moi » . peys da on agis avevs (M. 2706), « nous sommes bien satisfaits de votre avis ». A hos Joseph d'Arimathie et Nicodème, mis en prison pour leur amour du Christ, viennent d'être miraculeusement délivres : Jos. : the ihesu gras Nichod. : cresys a hos. dev a allos y vones thvn (R. 327, 331-332). M. Loth a fait justice de l'interprétation : « midst of the wal », que donne Norris des premiers mots prononcés par Xicodèmeet a rétabli, conformément à la révision de Stokes, la leçon du ms. : cresys, « j'ai cru », qui est sans doute un parfait à sens de présent : « je crois ». Pour a hos, M. Loth (Rev. Celt. XXVI, p. 255) suppose une faute de scribe au lieu du verbe bos, « être », et il traduit : « J'ai cru que Dieu de puissance il est pour nous ». S'il en était ainsi, on aurait deux fois et sous deux formes distinctes, bos et bones, l'infinitif du verbe « être » dans une seule et même proposition, les deux ne valant que pour un emploi unique. C'est impossible. — Mais gardons le texte tel quel; sans modification ni faute supposée, il s'explique aisément. A hos est identique au gall. mod. achos (verbe achosi), que Lhwyd écrit a-ghos et qu'il donne à gratta, « à cause de, par la grâce "de ». On obtient dès lors un sens très satisfaisant : « J'ai cru, ou je

 

 

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(delwedd F0310) (tudalen 022)

2 2   Cuillandre.

 crois que, par la grâce du Dieu de puissance, ceci (notre délivrance) est à nous »; ce qui revient à dire : << Je crois que c'est par la grâce du Dieu de puissance que nous l'avons, notre délivrance », le verbe bottes avec son complément d'attribution thyn marquant ici l'idée d' « avoir », « posséder », comme en latin esse avec le datif. L'exclamation que profère Joseph d'Arimathie et qui exprime le même sentiment : « A Jésus » grâce !... (v. 327) paraît confirmer mon explication. Am, relatif + pron. pers. infixe. Le ms. de Beunans Meriasek au vers 3491 porte: ty falge horsen ani brag vy Avond , Wh . Stokes a cru nécessaire pour le sens de corriger, en ajoutant la négation, qu'il a du reste soin de mettre entre crochets : [n]am brag vy ; et il traduit : «... insuit me not. . . » La correction était inutile; la leçon du ms. est correcte et se comprend sans difficulté. Mais la forme verbale brag, au lieu d'être un impératif 2 e pers. sing., comme l'entend Stokes, est un présent de l'indicatif 3 e pers. sing. (constr. impersonnelle) et am est une forme connue du pronom relatif a joint au pronom infixe de la i re pers. sing. . Le sens est : «Toi, faux fils de putain, qui m'insultes, (ôte-toi) de devant (ma face) ! . . . » Il en est de même dans le passage : tv horsen agen brag nv tins mylw ha Je crist t'y (M. 1 228-1 229), « toi, fils de putain, qui nous insultes, pour toi et pour le Christ mille fois fi ! », exemple où agen brag ny est également une proposition relative, agen valant de même pour le relatif u)int au pron. pers. infixe i re pers. plur. Et ici, comme dans le premier passage, Stokes a tort de corriger la leçon du ms. agen en \n\agen avec négation, et de traduire par l'impé

 

 

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(delwedd F0311) (tudalen 023)

L'étude des textes comiques.

 23 ratif : « . . .insuit us not. . . ». — Pour avond du v. 3492, voir ma note plus loin .

 

Am, particule verh. -fpron. pers. infixe.

 

Au lieu de a vxtb, lecture fautive de Norris, il faut lire am bxth (Stokes, Collation of Corn . Draina) dans 0. 1252, et le vers ainsi correctement rétabli :

 

hag an acord am byth cof,

 

doit s'entendre, non pas : « and of the covenant shall be remembrance », mais: « et de l'accord j'aurai souvenir», m. à m . « souvenir sera à moi » . Am est ici la particule verbale a jointe au pron. pers. infixé i re pers. sing. ; le verbe «être » précédé du pron. pers. infixe traduit le sens du verbe avoir : d. marth am bes (Pasc. 120. 1), « émerveillement est à moi » ; ovn am bus vy (O. 1452), « peur est à moi » = « j'ai peur », etc.

 

Norris n'a pas compris la valeur de cet emploi du verbe « être » avec ie pron. pers. infixe, en plusieurs autres passages; par ex. dans: onor a fyth vynytha (P. 1904), « honneur tu auras toujours», m. à m. : «sera à toi », a fyth = ath fyth ; ni dans : me as wysk may fo drok pyn (P. 2108), où le sens n'est pas : « . . . that pain may be bad », mais bien : « je te frapperai en sorte que tu aies peine douloureuse » .

 

Am, prépos. -|pron . pers. infixe.

 

Norris traduit fort inexactement : « He has quite lost the place. Which my right hand had made. . . » le passage :

 

gvlan et" re gollas an plas

 

am lef thyghyow a wrussen

(O. 420-421),

 

qui se répète aux v. 920-921. Il ne s'est pas avisé que la forme verbale a wrussen est une forme personnelle r e pers. sing. et que par conséquent le groupe am lef thyghyow ne

 

 

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(delwedd F0312) (tudalen 024)

; i   Cuilîandre.

 peut pas en être le sujet. De plus, mn est ici la préposition a, « de », jointe au pron. pers. inlîxe f c pers. sing., signifiant (de ma. . . », A;/ étant féminin. Il faut traduire : « Il (Adam) a entièrement perdu la place que, de ma main droite, j'avais faite ...» Am a cette même valeur encore dans le passage : ha nep na vynno crygy nv vl bos ./;/; servysy (R. 2470-2 171), que Xorris traduit inexactement: «and those who will not believe cannot be mv servants » mais qu'il faut entendre : « et quiconque ne voudra pas croire ne peut être de mes setviteurs » . Et dans cet autre où le Pharaon lance une menace contre Moïse : raar ath catïaf re iovyn vth lathaf kvns vs vyttyn ani dew luef sur (O.IS34), « Si je te trouve, par Jupiter, je te tuerai avant que (soit) matin, de mes deux mains, sûrement » . Et dans ce vers : Squvth off omma am bcvnans (M. 1685), « je suis las, ici, de ma vie ». L'erreur commise par Norris a aussi échappé à Stokes quand il traduit par « mv limbs » l'expression am esely dans : me yv inweth efrethek am eselv poùrethek (M. 5JO-541), passage qu'il faut entendre : « moi aussi je suis un infirme, pourri de mes membres ». Comme pour am, « de mon. . . », les textes fournissent des exemples d'emploi de agas {agis), avec le sens « de votre...» (voir note agas) et de ath, « de ton ...» : ath darvvas schanie vthw (M 879),

 

 

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(delwedd F0313) (tudalen 025)

L'étude des textes comiques.

 25 « de ta déclaration, c'est honte ! » c'est-à-dire : « C'est une honte d'affirmer ce que tu dis » . Am, conj . «si » + pron . pers. infixe. Stokes traduit am beua par « that I might hâve », comme si c'était une proposition finale, dans : thum corff am beuaj^has v rosen hanter ov gluas (M. 1686-1687). Mais dans ce cas la proposition finale eût été amenée par la conj. de subordination ma, « pour que », et l'on aurait eu, comme dans un autre passage du même drame : maym beua (M. 47). Comme le montre l'emploi du conditionnel v rosen dans la propos, principale, am dans la subordonnée comporte la conjonction de subordin . « si » jointe au pronom personnel infixé i re pers. sing. devant le verbe « être » au sens de « avoir ». Il serait donc plus exact de traduire : « Pour mon corps, si j'avais de la santé, je donnerais la moitié de ma terre » . An, prép. -farticle. Xorris n'a pas vu la construction dans le vers : marth thym an densys vma (R. 2502), qu'il entend ainsi : « Wonder to me if this is the Godhead ». (Xorris avait hideusys, « divinité », corrigé par Stokes, d'après ms., en densys, « humanité ><). Il faut entendre : « Émerveillement est à moi de (au sujet de) l'humanité». — An est ici une forme composée de la préposition a, « de » et de l'article défini. Les exemples ne manquent pas de l'emploi de an avec cette valeur: an tros then pen (O.1762), « du pied à la tête » ; des an grows (Pasc. 197.2) «descends (m. à m. viens) de la croix » ; an ughelder may jese (Pasc. 5 .2), « de la hauteur où il était » ; [do

 

 

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(delwedd F0314) (tudalen 026)

2b J. Cuillandre.

 wrj... an mon cales (M. 671),
une eau (qui provient) de la pierre dure 0; kvns moys an plaeth (M. 4562), « avant de s'en aller de la place » ; pan dyweth an t h ragot) vras (M. 4075), « quelle fin du grand dragon ? -, etc. An cothfos (yn). Les anges s'étonnent de voir monter au ciel le Christ tout vêtu de rouge : Dvllas ruth yn an cothfos prak vs guyskys (R. 254S-2549). Williams n'a pas relevé l'expression yn an cothfos. Norris la traduit sans vraisemblance par « knowing it ». M. Loth (Àvc. Celt. XXVI, p. 267) pense que cothfos est probablement pour golhfos, « savoir, connaître », et il traduit : « . . . dans, à notre connaissance » . Mais cette interprétation donne un sens peu satisfaisant : « Des vêtements rouges, à notre connaissance, pourquoi les as-tu vêtus ? « De plus, elle se heurte à une objection qui est grave : si cothfos, leçon authentique du ms., est pour gothfos, comment — à moins de supposer, et gratuitement, une erreur du scribe — expliquer le renforcement de la sonore initiale gen sourde c? An pouvait être l'adjectif possessif i re pers. plur. '«notre, nos », et l'équivalent de agan, agen, dont on trouve d'autres formes encore. Mais après an, comme après agan, agen, etc.. dans tous les exemples que j'ai relevés sur fiches, la consonne initiale du nom en composé svntactique reste toujours sans changement en comique ; la sonore reste sonore, la sourde reste sourde. Il en est de même en breton après bon, « notre, nos » : ni rentorcement, ni affaiblissement. Il convient donc d'abandonner l'explication par gothfos, et de résoudre la difficulté en se basant sur la graphie du texte, cothfos. Dans un Cornish Glossary, où il relève quelques centaines de mots omis par Williams, Wh . Stokes, donnant à an cothfos le sens de « unknownness » (Transact.oj the Philolog. Soc, 1 868-1869, p. 140), considère cothfos comme composé d'un emprunt coth à l'anglo-saxon end, identique au premier élé

 

 

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(delwedd F0315) (tudalen 027)

L'étude des textes comiques.

 27 ment de cothman, « camarade », et du verbe comique sbo, e ». Telle me parait bien être la véritable explication de lUicdthfos, à interpréter par l'anglais iiiianithness, « étrangeté, bizarrerie, grossièreté » ' . L'impersonnel y coth, « il convient », d'un emploi fréquent dans les textes comiques, s'y trouve une fois en composition avec le verbe substantit bos : ray ny gafaf vnno ken mav cothfo thym v lathe, (P. 1798), « moi, je ne trouve en lui raison pour laquelle il me soit convenable de le tuer » . La composition avec le verbe substantif est des mieux connues en comique (bos), gallois (bot), breton (bout), ainsi qu'en irlandais (ci. H. Pedersen, Vergl. Gr. II, p. 442 etsuiv.). Elle est plus ou moins fréquente suivant les langues et les époques . Pour au privatif et son action sur les consonnes suivantes, ci. H. Pedersen, Vergl. Gr. 1,45, 46; II. 6, 7, 8. Au point de vue de l'effet sur les consonnes suivantes, la question est des plus compliquées dans les trois langues. Pour a;*privatif, en comique, devant les occlusives, sourdes, il n'y a aucune difficulté. Il n'en est pas de même devant les sonores, b, m : an provoque affaiblissement. Devant /, comme en gallois (et irlandais) on a av: avlabar . En gallois, devant les explosives sonores, on a assimilation ou affaiblissement ; :. M. Cuillandre a évidemment raison. Il faut lire ancothfos et l'interpréter par uncouthness. Le verbe est bien d'origine anglo-saxonne. Williams dans son Lexicon cornu-briidnnicum a eu le tort de supposer que dans coth il y avait une mutation de goth. Des formes comme ny goth (il ne convient pas) auraient dû l'arrêter. Ce qui l'a induit en erreur, c'est une fausse identification avec le gallois gweddu, gweddus (convenable) : il eût fallu supposer ueid-, vieux-celtique, qui eût pu, en comique, donner god, (écrit goth). Pour Williams, voir coth (y coth), cothjo ; goth, gotho), il n'y a dans aucune des langues celtiques rien qui puisse expliquer coth dans le sens de convenir, au contraire cothman s'y rapporte clairement. Quant à la composition avec bos, elle n'a rien que d'ordinaire (sur ces composés avec le verbe substantif en gallois, comique (bos) et breton (bout), cf. H. Pedersen. Vergl. Gr. II, 442 et suiv. (Note de J. Loth).

 

 

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(delwedd F0316) (tudalen 028)

jn y. Cuillandre.

 devant /', /, on a régulièrement -av, mais an reparait : an-Iles o désavantage » au lieu du régulier af-les. Pour le comique à remarquera»-}^, à côté du gallois af-iach (ci. irl. am-iress, « incrédulité » (moderne aimhireas, plutôt ambras). Avec le préfixe, an, l'expression ancothfos prend le sens d' « inconvenance » . L'inconvenance, d'après le contexte même, consiste à se présenter vêtu de rouge dans un monde d'anges, tous vêtus de blancheur. Un ange le fait expressément observer au Christ : an eleth omma yv guyn. . . vn ken lyw nvs guelys whetb (R. 2532-2534), « les anges ici sont blancs;. . . en autre couleur, je ne les ai pas vus encore ». * Par suite, le sens du passage en question (R. 2548-2549) devient clairet cohérent : « Des vêtements rouges, avec inconvenance (ou : étrangeté), pourquoi les as-tu vêtus ? » . Question en harmonie avec la réponse du Christ, affirmant (R. 2535, sqq .) qu'au ciel il lui convient de paraître, rouge encore du sang de sa passion. Aperia. En traduisant par « open » l'infinitif aperia dans : v aperia ny vynnys (M. 3693), YVh . Stokes y voyait sans doute une forme empruntée au latin aperire. Mais outre que cette forme n'est pas attestée ailleurs dans les textes, le sens, même si on entendait « exposer (en ouvrant) •> ne cadre pas bien avec le contexte immédiat. Le seul nom que puisse grammaticalement désigner lad;, possessif v devant l'infinitif et qui, au vers précédent (3792) avait déjà été rappelé par le pron. personnel -e compris dans la locution exdamative alte, « le voici », est le nom an //(>,i, r  ', «l'enfant » employé au v. 3789 (il s'agit de l'enfant Jésus enlevé des bras de la vierge Marie). Quant à

 

 

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(delwedd F0317) (tudalen 029)

L'ctudc des textes comiques.

 29 prétendre que c'est le coffre que Ton ouvre pour exposer l'enfant, ce n'est pas davantage soutenable : la construction, ainsi que je viens de le montrer, s'y oppose et le mot cofyr n'est exprimé que 150 vers plus haut, au v. 3643 . Je crois que le comique aperùt est plus vraisemblablement un emprunt à l'anglais to appear, « apparoir », ici au sens transitif to make appear, « faire paraître, montrer, faire voir, exposer », et que, avec cette origine (lat. apparère) et ce sens, il est à rapprocher de l'adj . adv . apert, « qui paraît bien ; apparemment, de façon apparente », maintes fois employé dans les textes : den apert (Pasc. 255-3; apert... y tyskys o\v dvskes (P. 1252) ; pur apert hag yn golow y leveris o\v dyskas (Pasc. 79.1); pur apert y ret flamyas (Jbid. 92.2); en bejow. . . a pert a ve egerys (Jbid. 210. 1). — Cf. en franc. la locution encore en usage sous forme impersonnelle : il appert. Ce sens s'harmonise parfaitement avec le contexte. La femme dont il s'agit avait enlevé l'image de l'enfant Jésus des bras de la Vierge ; elle cache cette image dans un coffre, car, ditelle, « je n'ai pas voulu la faire voir (l'exposer) » . Appen. Dans son édition de Beunans Meriasek, au v. 2882. Stokes a traduit cette expression par « at the end », et dans son Glossary to B. M. il la présente comme composée du mot pen, « tète » . C'est une erreur. Elle est formée de la conjonction a marquant la condition et du présent secondaire i re pers. sing. ben du verbe « être » avec provection très régulière du ben p-, au contact d'une sourde disparue en provoquant le renforcement. Cette sourde primitivement -/se retrouve en comique sous la forme assibilée -i"dans la conj . de condition : mar-as, mars, et en breton sous forme de la sonore -ddans : mar-J-ouff me, « si je suis, moi »; ne-d-off, « je ne suis » ; mar-rf-eo, « s'il est », etc. (Voir Gr. Celt. 2 , p. 5495)0)La même provection que dans appen (M. 2882) « si j'étais »,

 

 

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  Cuillandre.

 et dans les mêmes conditions, s'est produite dans les expressions : appâta (M. 686), «si j'étais », a pe da (M. 1762), a si elle était bonne », mar a peth (M. 2315), «s'il est -, mar a pelby (M. 2575) « si c'est. . . », etc. Apposijs. Mériadec vient trouver l'évèque de Cornouaille et lui exprime le désir de recevoir les Ordres, «afin, dit-il, d'administrer le corps de Jésus », genough pan ven apposijs (M. 525). Ce dernier vers a été inexactement traduit par Stokes : « by you when I may be appointai ». Le sens est : « de vous lorsque j'aurai reçu l'apposition (des mains)». Il s'agit de l'apposition des mains par l'évèque pour conférer la prêtrise. Ce sens est confirmé par la réponse de l'évèque à la demande de Mériadec : rv dvs ordys me a vvn in hanev ihesu lemvn sacrys gêna betheth suer (M. J29-SÎI), « je veux te conférer les Ordres; au nom de Jésus, à l'instant, tu vas être consacré par moi, sûrement ». Aquytya. Malmené par des bourreaux, un chrétien s'écrie: cryst w pen an arlythy a ra agis aquytya I M . 1226-122 Stokes se trompe en voyant là une interrogation et en traduisant aquytya par « acquitter » au sens d' « absoudre, dispenser par mesure gracieuse du châtiment dû à la faute »: « . . .will he acquit you ? » La phrase en réalité est affirmative et aquytya ne signifie

 

 

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L'étude des textes comiques.

 31 pas ici simplement « tenir pour quitte », mais exactement • faire paver pour être quitte ». « imposer un châtiment adéquat, en paiement de la faute » . Le chrétien veut dire : « Le Christ, chef des seigneurs, vous le fera payer intégralement (en vous punissant) » . Ce sens du verbe aquytya se constate en d'autres passages du même drame. Un aveugle supplie Mériadec de lui rendre la vue : « Je voudrais, dit-il, te prier et, s'il est en mon pouvoir, te paver de retour d'une façon adéquate », the aquyttyaQA. 2556-2558). — «Si vraiment tu m'apportes une querelle de fausseté, crie le roi à un tyran qui est venu le narguer, je te (le) ferai payer avec usure, the aquytlya. . .gans lendury, avant que je m'en aille d'ici » (M. 3485-3490). — « Ceux qui y viendront me visiter, promet Mériadec en mourant, je les paierai de retour. . . », meas aquit (M. 42954296), et non pas : « je les absoudrai » (I will absolve), comme l'entend ici encore, bien à tort, Wh. Stokes. Dans les Ordinalia, on trouve le verbe employé avec le même sens : why a vyth aquyttys da rak an oiior yn torma a wrussough thymmo pur wyr (P. 310-312), « vous serez bien pavés de retour, pour l'honneur qu'en cette circonstance vous m'avez fait, bien vraiment » . Dans ce dernier exemple, au lieu du paiement d'une faute par un châtiment, il s'agit du paiement d'un service par une récompense. As. Je doute que Norris ait reconnu — sa traduction ne le montre pas — le pronom personnel féminin 3 e sing. as, en fonction de régime, « la (elle)», dans : henna aspew (P. 2855) : « C'est ce (bois) là qui la possédera ». Un peu plus loin, as se retrouve encore avec la même valeur et désignant le même nom : me as pew (P. 2858), « c'est moi qui la posséderai » .

 

 

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j2 y. Cuillandre.

 Asse. Des deux explications possibles proposées par M. Lotli (Rei . Celt. XX\'I, p. 259) de l'expression asse, dans : îhesu asse yllvn ny lemmyn kyrneres mur ioy (R. 1201-1202), la première, par l'anglais essay (ou assay), me paraît à abandonner, parce que ne s'harmonisant guère avec le sens du contexte : dans leur enthousiasme d'avoir vu le Christ ressuscité leur apparaître, on comprend mal en effet que les apôtres essaient seulement « de prendre beaucoup de joie » . La deuxième explication, par une locution exclamative que M. Loth jugeait du reste plus probable, esta mon sens seule a retenir ici, sous réserve qu'il faut considérer la forme verbale yllyn, non comme un conditionnel, « nous pourrions. .. », mais comme un présent-futur de l'indicatif : «Jésus, comme nous pouvons maintenant concevoir (prendre) une grande joie ! » A la locution exclamative \sse que M. Loth rappelle avec raison à l'appui de cette dernière explication, dans : a thev vsse fuef gokv (R. 1565),
Dieu, que j'ai été sot ! », il convient d'ajouter assevye, « qu'il serait ! . . . » (0. 21 15), asevya, même sens (M. 685), dont Norris ni Stokes n'ont vu le sens exclamant. Elles sont du reste composées du verbe « être » et non du verbe sevel, comme l'a cru Stokes en traduisant par : « God for me has raised a désire. . . », le vers : du thym asevya mal (M. 685), m. à m. : « Dieu, à moi qu'il serait hâte! », c'est-à-dire: « Dieu, qu'il me tarde ! . . . »

 

 

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L'élude des textes comiques.

 33 Atal. Avec juste raison, M. Loth tient le mot comique atal, qui se rencontre dans O.427, pourun composé at-tal (Rem. tteorr. nu Lexicon Cornu-Britann . , Rev. Celt . XXIII, p. 242). De fait, la torme correspondante se trouve en vieuxbreton (Gl . ms. d'Orléans): attal, gl . uicarium, que M. Loth, dans son Vocabul. vieux-bret., p. 49, avait montré composé du préfixe at= irl . aith, répondant au latin re-, et de ta! = irl . taile, « salaire », armor. talvoul « valoir, payer», bas-vann. talont, « valoir »; cf. gr. xéXoç, « taxe, impôt ». De par sa composition, le comique atal signifie donc, comme le v. bret. attal, «même valeur, équivalence», m. à m. «repaiement » (v. Chrestom . , p . 8.9). L'exactitude de cette analyse se trouve confirmée par l'étude du passage où le mot est employé. Mais le contexte me paraît avoir été inexactement interprété par M. Loth, et le sens qu'il donne de atal : « Talion », in atal : «en retour de» (Rev. Celt. XXIII, p. 242) est, par suite, sensiblement déformé . Voici le passage en question : Adam a ol the drevas an degves ran thymmo gas wheth in atal the kesky (O. 425-427) M. Loth traduit : «Adam, de toute ta culture, la dixième partie concède-moi en retour de tes importunités » . Il ne peut faire de doute que the au v. 427 est l'adj . possessif 2 e pers. sing., « ton, ta, tes » ; mais devant un verbe — ici l'infinitif — en comique comme dans les autres langues brittoniques, l'adj . possessif équivaut, pour le sens, à un pronom de même personne complément d'objet du verbe. Ainsi the kesky, littéralement : « ton importuner (de demandes)» n'équivaut pas à : «ton fait, à toi, d'importuner (qqn) », c'est-à-dire: « tes importunités», comme l'entend Raue Celtique, XLVII1. ?

 

 

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;.|   C.uillaïuh e. M. Loth, mais bien : « le fait de t'importuner, toi (de demandes) » . Avec le même adjectif possessif devant le même infinitif, c'est bien ce dernier sens que présentent avec évidence d'autres passages des textes comiques : aban na dal the gesky dont tan yfam theth lesky (K. 1429-1430), ti puisqu'il ne sert pas de te presser (d'arguments), crains que le feu d'enfer ne te brûle » ; kool ge thvm raen tha gesky (Gwr. 650), m. à m. : « écoute-moi te presser fortement », c'est-à-dire : «cède aux demandes pressantes que je t'adresse ». — Cf. aussi, avec l'adj. possessif r re pers. sing. ov, « mon, ma », devant le même infinitif : tus rc ruk ov keskey. (M. 381S), « des gens mont assailli de demandes. . . » ; avec l'adj. possessif 2 e pers. sing. aussi, mais sous sa forme infixée et faisant corps avec la particule verbale, ytb, devant le même verbe à un mode personnel : crys yn crvst del vth coscaf (R. 1691), « crois au Christ, comme jet'x exhorte instamment». Du contexte immédiat, M. Loth a en outre omis de traduire l'adverbe wbtth qui, loin d'être une cheville négligeable, parait au contraire avoir un rôle important dans l'idée exprimée, comme on va voir, et comme, à première vue, l'indique sa place en tète de vers, en tête de construction syntaxique et portant directement sur l'expression in atai . De même que choa\ en breton, l'adverbe wktth (vjkath) peut avoir, en comique, un double sens : un sens temporel, «encore, jusqu'ici, jusqu'alors » ; un sens quantitatif. « davantage, encore

 

 

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(delwedd F0323) (tudalen 035)

L'étude des textes comiques.

 35 plus », avec ou sans adjonction de inox (bret. nutx), «plus, davantage ». Les exemples ne manquent pas en comique de l'un et l'autre sens. Il me suffit de citer l'exemple suivant, qui est particulièrement suggestif, l'adverbe wbeth y accompagnant une forme verbale taivxth de même radical que l'expression atal . « Hérode te salue, disent les Juiis à Pilate ; dans son coeur est entré (allé) beaucoup d'amitié pour toi » (Pasc. il) .2-0• • hag ef a dalvyth this ixjheth. y honore del wrussys (ibul. 1 15.4), « et il te le revaudra plus encore, (pour) l'honorer comme tu as tait ». Dans ce passage, l'amitié d'Hérode est présentée à la manière d'un salaire, disons d'une récompense, qui paie de retour les honneurs reçus de Pilate ; mais le paiement n'est pas adéquat à la dette : pour que l'équivalence soit parfaite, Hérode promet de donnera Pilate plus et mieux qu'une simple assurance d'amitié. Pareillement, dans O. 403-413, Dieu le Père vient de concéder à Adam l'entière jouissance de toutes les productions de ia terre ; il ne se réserve, il n'exige d'Adam, en retour de ce don, que la dixième partie des récoltes {an degves rail). Si Dieu le Père, par mesure importune, avait voulu exiger (kesky) d'Adam un tribut adéquat {in atal) au don qu'il venait de lui iaire, il pouvait lui demander davantage (ichetb), lui imposer un tribut plus lourd encore que la dîme. Adam l'entend si bien ainsi, qu'à l'injonction de Dieu, il répond aussitôt : arluth the voth a vyth gvrys moy kyn fermas the gafys pur wyr leskvs ef a vyth rag cowlenwel both the vrvs (O. 43 1-434)« Seigneur, ta volonté sera taite ; davantage lors même que tu vaudrais avoir, bien vrai cela sera brûlé, pour satisfaire le ttèair de ton cœur », m. à m. « pour remplir la volonté de ton sein ». Et donc il convient d'interpréter le vers : watli in atal the keskv,

 

 

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36 ] Cm lia mire. dans le sens : « en équivalence de plus exiger de toi », ce qui revient à dire : « pour tenir lieu de tout ce que je serais en droit d'exiger encore de toi ». Dans le texte, on le voit, il ne s'agit nullement de punition ; on ne peut donc sans inexactitude y traduire atal par « talion » . Atty. Le démon, sur l'ordre de Mériadec, quitte le corps d'un possédé, en s'écriant: wehth me a ra moys deseys rag atty dyso myngov (M. 2654-2655). L'interprétation que donne Stokesde ce passage est de tous points inadmissible : « Yet I will go, disease to sow for thee, thon mouth of lies » : erreur sur le sens et l'emploi de l'infinitif moys, sur la nature et la construction de deseys, sur la valeur de rag> enfin sur l'identification de atty. Le premier de ces deux vers contient une proposition indépendante complète, et il faut mettre un point après deseys. Pour ce vers, voir ma note à deseys. Dms le dernier vers, atly est une locution exclamative signifiant : « le voici ! », avec infixation, semble-t-il bien, du pronom personnel 3 e sing. -y, <> le, lui », à en juger d'après la forme la plus simple et la plus réduite que l'on trouve de la locution: ot, voici (P. 125, 370; R. 1803, 2183). On en a des formes nombreuses et plus ou moins complexes, avec ou sans pronom infixe, parfois avec l'adverbe de lieu orna, « ici » :otle (O. 1 17, 1299) ; ota (0. 1053); otta (Gwr. 1 124) ; atte (M. 1832, 3302, 3792) ; atta (M. 5298, 4091, 4538); ytte(M. $<\ij);oteve (O.2513, 2367) ; otefe (R. 1902); attva (M. 87, 4198) ; ateve (M. 599, 1 108) ; ottense (P. 2165), «le voici » ; otlensy (0. 102 ; P. 601, 1787), «la voici »; otlengy (P. 2689), «les voici »; attahy (M. 1272, 3944;, 3953), (< l a v °i^i » ; fl-' 1 '/ (0 . 1719), « voici » ; awette vy (R. 161 2), « me voici » ; ov oie (0. 12 12) ; ov otte (O.882); ow

 

 

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(delwedd F0325) (tudalen 037)

L'élude des textes comiques.

 37 ottoma (R. 2177); atta orna (M. 1444); atte omme (M. 3802), oiini atte (M. 3792), etc. Pour ce qui est de rag, il s'emploie non seulement comme préposition et conjonction, mais aussi comme adverbe, avec un sens locatif : « devant, par-devant, en avant », et un sens temporel : « avant, auparavant, précédemment » ; ainsi dans: au seth y\v rag leveris (Pasc. 224. 1), « la flèche dont il est parlé précédemment» (ci. ibid. 254.2 : y\v leveris kens) ; dus rag (M. 2481) « viens devant (avance) », à côté de : dus in rag (M. 3568), même sens; (g)ora rag(Gen. III, 22), « placer, étendre devant », etc. Dans le passage de M. 2655 dont il s'agit, rag est adverbe au sens locatif: « devant, par devant ». Le démon, en abandonnant le corps du possédé, le projette sans doute aux pieds du saint: « devant, le voici à toi, museau de mensonge ! » Avelogh why. Dans cette expression de M. 2868, on ne peut, avec Stokes qui la traduit par « see ye », reconnaître une forme du verbe giœles, « voir » ; la graphie correcte eût été, en ce cas : a welogh why, avec wpar mutation de gu. Il faut décomposer l'expression ainsi : avel ogh -why, et traduire : « comme vous êtes, vous » . Avond. Dans M. 3461-3536, le roi chrétien de Cornouaille, Massen, et un tyran païen s'insultent copieusement, tels des héros d'Homère, avant d'en venir aux mains. Le tyran païen se montre tout particulièrement violent ; à un moment donné, il crie à son adversaire : avond tellek theth cregy (M. 3492). Identifiant, ainsi que l'avait déjà fait Williams, le comique avond avec le gallois afivyn, irl. abann, dérivés l'un comme l'autre du latin (h)abêna, « rênes, guides, courroie » (Notes à

 

 

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(delwedd F0326) (tudalen 038)

j8   Cuillandre.

 son édition de Bettmtts Meriasek, p. 276 ; Glass. to H. M., p. 103; A*'-;'. C«/  XV, p. 485,); considérant d'autre pan l'adjectif /<7/Wcomme un qualificatif de avond, \Vh. Stokes traduit ce vers comme suit (le point d'interrogation est de Stokes) : « a liai ter with a hole (?) to hang thee » . On conçoit sans peine que Wh. Stokes ait douté luitnème de sa traduction, et c'est un ^ens étrange en effet que ces « rênes avec un trou » pour pendaison. Concédons, en dépit de (l').itviu, origine supposée de avond, qu'il s'agisse simplement d'une cord^ a pendre {botter), encore faudrait-il, pour rendre exactement l'adjectif lellek, préciser qu'il s'agit — ce qui est absurde — d'une corde avec un ^iwnd trou, soit d'une corde percée, voire criblée de truus. Car le suffixe -ek (
. gallois -axe, -00; v. bret. et moy. corn.-.v, puis moderne -ek, -eg), s'adjoignant à un nom pour former un adjectif dérivé, sert à signifier une qualité, un défaut ou simplement une manière d'être où telle particularité marquée par le nom est remarquable par sa qualité, soit en grandeur, soit en nombre. Ainsi en v . gall. rit icchonr. < gué ou il a beaucoup de pierres (plate .), pierreux » ; bic'nlcicthattc, « vache qui donne beaucoup de lait » ; pont meiniauc, «pont fait de pierres », etc., dans le vocabulaire comique : ïochoàoc, >< qui est dans un ^wxnd besoin, besogneux ; fallmdoc, « qui a une grande puissance » ; denshje, « (poisson) qui a de nombreuses ou de grandes dents » ; scouarnoc, (épithète du lièvre), « qui a de longues oreilles », etc. ; en moyen-breton : huante, « qui a de nombreux ou de vifs accès de colère, coléreux» ; friec, « qui a un grand nez » : gstennouee, «. qui a une grande bouche », etc. (v. Gv. Cdl 2 ., pp. 849-&5.0). Il ne peut en être autrement pour l'adjectif lellek, dérivé de tell, "trou » (Pasc. 134.3)= gall. mod . twll, bret. toull (et. en comique, les formes verbales compoitant le même rad. : teyl(P. 2743) tyl, ibid. 2719). Une interprétation se présente tout naturellement à l'esprit, dans un texte où il n'est question, entre deux guerriers qui se défient, que de se percer de coups, c'est de rapporter L'adjectif tclkk à l'adversaire menacé — ici, le roi — avec le sens : <• percé de coups, criblé de blessures ». Cf. M. J460 : (me) a wvsk gu in v golon,

 

 

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(delwedd F0327) (tudalen 039)

V étude des textes comiques.

 39 a Renfoncerai (ma) lance dans son cœur » ; ibid. 3 594-3)95 : meam bctli goys the colon / scollys omma war an ton, « j'aurai le sang de ton cœur, répandu ici sur le champ » [ibid. 3536: me a vvn scollya the lyn / orna, « je veux répandre ton sang ici »... . Pbur avond, l'explication par le latin (h)abcna, outre qu elle ne cadre pas avec le sens du contexte, ne tient pas phonétiquement non plus. Provenant d'un è long latin, on peut bien, à côté du gallois -::v-, du breton -oe-, -oa-, avoir en comique Moyen -ci-, -oe-, témoin le gall. mod . cwyr, bret. coar, moy. corn.ù'/r. (Xoc. corn .), tous empruntés au latin ceni, « cire »; et M. Loth a montré, dans ses Questions de gramm. et de Hnguist. britioniqne (Rev . Celt . XXXVII, p. 179), qu'une diphtongue plus ancienne ayant pour première voyelle peut aboutir à en comique plus récent. De fait Lhwvd (18. 1) donne car, « wax », et déjà des le moyen cornique, dans P. 2723,011 trouve la graphie cor, « cire », identique à coir du Vocab. comique. (Voir plus loin ma note à cor). — Mais il n'en reste pas moins — et ceci suffit pour taire écarter l'explication — que le latin (b)abeua ne peut rendre compte de la présence dans avond delà dentale finale, laquelle n'existe du reste pas dans le gall. afwyn non plus que dmsi'irl. abann, qui, eux,, proviennent authentiquement de Q))abena . Le groupe -aiupouvant, comme l'a montré M. Loth {op. cit., p. 180), se réduire à -0en comique, (cf. an voos, « la femme », Gwr. 1390 ;da voze, « ta femme », Comm. Dieu, 7; cf. Zone-Point, en S r Mawes ; au XVI e siècle, Saven-heer, etc.), je propose de voir dans avond un emprunt à l'anglais avaunt. prononcé œu-muni (du latin ab-ante. franc, avant), exclamation de mépris et de menace exprimant, avec ellipse d'un verbe à l'impératif, un ordre de s'éloigner : « (Va-t-en) de devint (moi) ! » — « Arrière ! » — Loin d'ici I » Dans le conteste, l'idée de la fuite honteuse est à chaque instant évoquée par chacun des deux adversaires pour son ennemi: ke war the gam (3467), «va-t-en (retourne) sur tes pab ! »; guel vya dvugh omdenna (3474). (( mieux vaudrait pour vous vous retirer » ; mas an nyyl party omna ov

 

 

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|.o   Cuillandre.

 teberth purguir ny warth (3477-3478), a rien qu'un des deux partis ici, en seretirant, bien vrai ne rira » ; reys yv feva (35 37)> <( '' ^ aut mu " " '
< et précisément, dans le contexte immédiat, le roi répond au tyran : the aquyttya kyn moys lema me a ra (3488-3490), « je te le ferai payer intégralement (voir note aquytyd) avant de m'en aller d'ici » (cf. la loc. expressive, analogue pour le sens à avond : voyd am syght (2414), « ôte-toi de ma vue! »). Pour ce qui est de l'expression theth cregy, l'invitation à un ennemi vaincu, ou d'avance supposé tel, d'aller se pendre de honte et de désespoir n'a rien qui puisse surprendre. Si naturel que cela paraisse, )z crois néanmoins que ce n'est pas le sens ici. Outre le sens transitif, le verbe cregy se trouve avoir dans les textes un sens passif, par exemple dans : ty a grek (P. 1 188), ty a crek (M. 923), « tu seras pendu » ; the conna a greg (O. 2813), « ton cou sera pendu » ; in crows o\v cregy (Pasc. 227. 1), « étant suspendu à la croix » ; bos o\v cregy (Pasc. 229 . 1), « être (rester) pendu », etc. Avec ce sens passif, cregy se trouve maintes fois précédé de la locution war beyn, «sous peine de », par exemple dans : war beyntenna ha cregy (0.204e, M. 1668), « sous peine d'être étiré et pendu » . Or, à côté de cette dernière construction et à peu près de même sens qu'elle, une construction se trouve, elliptique, semble-t-il, où la préposition the suivie de l'infinitif cregy constitue une proposition consécutive impliquant une alternative évidente dans la menace de pendaison : fvsteneugh thagas kregy (P 2046), « hâtez-vous, à vous pendre », crie Pilate à des bourreaux, aux services desquels il lui tarde de recourir ; évidemment le sens est : « Hàtez-vous sous peine d'être pendus », « hâtez-vous, ou vous serez pendus » ; taw theth cregye (Gwr. 1143), crie hargneusement à Abel son frère Caïn : « Tais-toi, à te pendre! » c'est-à-dire : «Tais-toi, sous peine d'être pendu »,

 

 

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V étude des textes comiques.

 41 «... ou tu seras pendu » . Je suis porté à croire que l'origine de cette construction de la prépos. the avec cregy est analogue, en comique, à celle de la tournure, en français, de l'infinitif précédé de à dans des locutions comme : « C'est à mériter la mort » ; « c'est à mériter la pendaison » ; cf. « c'est à mourir de rire » (=de nature à. . .). Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que l'exemple de Gwr. 1143 que je viens de citer, beth cregye, rappelle exactement, pour ce qui est de la construction, le passage de M. 3492 : avond. . . theth cregy : après un impératif exprimant un ordre formel, une menace de pendaison, si l'ordre n'est pas exécuté. Et voici qui augmente la probabilité de cette interprétation de theth cregy dans le passade qui nous occupe ; à la suite de la bataille entre les troupes de Massen et celles du tyran, un jeune homme est fait prisonnier et le sort que lui réservait le tyran vainqueur était la pendaison : me a vyn prest y cregy (M. 3607), « je veux immédiatement le faire pendre»; mar peth cregys (ibid. 3612), « s'il est pendu »... Cela étant, le tyran mettrait donc le roi Massen dans l'alternative ou de fuir criblé de blessures, ou d'être pendu s'il se laisse prendre : « Arrière ! criblé de blessures, à te pendre ! » ; plus explicitement : « Fuis loin d'ici, criblé de blessures, sous peine d'être pendu (comme prisonnier) » . (A suivre .) f. CUILLANDRE, Professeur au lvcée de Rennes. The George Washington University, Washington, D.C. Alexandre Haggerty Krappe.

 

 

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(delwedd F0330) (tudalen 109)

109 xyz CONTRIBUTIONS A L'ÉTUDE DES TEXTES CORNlClUES (suite) A wel, « en vue ». Dans sa Collation oï Norrii Drainas (Arcbiv fur Celt. Lexic. p. 174) Wh. Stokes, rectifiant la lecture de Norris a wel en a wel, donne à ce mot le sens de « gospel, évangile », dans le passage : a wel the lyes plu (R. 2S84). Que l'expression soit écrite en deux ou en un seul mot (les deux graphies se trouvent dans les textes, v. plus bas; mais la graphie en deux mots est ici plus correcte), il ne peut être question d'évangile dans ce passage. Aiuel, mieux a wel, est ici la locution prépositive signifiant : « en vue, à la vue de ». Jésus évoque sa mise en croix, « à la vue d'une nombreuse population ». A wel, écrit aussi a weyl et aweyl, se retrouve en d'autres passages : « Je me lave les mains, dit Pilate, a wel theugh, devant vos yeux » (P. 2500) — « [Mes mains], s'écrie un forgeron, les voici devant vos yeux, à tous », ottengy a wel ol theugh (P. 2689). — Le payement d'un champ au prix des trente deniers de Judas se fait « à la vue de tous les seigneurs », a weyl ol then arlythy (P. 1558). — « Je monte au ciel, dit Jésus à ses disciples, devant vos yeux », aweyl theugh yth yskennaf [then nef], (R. 2482).

 

 

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(delwedd F0331) (tudalen 110)

no   Cuillandre.

 Awel, aual, « désir ». Après quarante jours de jeûne — le texte comique dit : quarante nuits (dev vgens nos, P. 45), et je note en passant cette concordance avec l'ancienne tradition celtique qui comptait par nuits — le Christ a faim et il est tenté par le diable : thym devethys a wel the vos (P. 46). C'est le Christ qui parle. — Prenant a wel pour le prés, de l'indicatif 3 e pers. sing. du verbe gueles, <c voir », précédé de la particule verbale, et the vos pour l'infinitif du verbe « être » précédé de la prépos. the, se figurant sans doute aussi que devethys est un participe formé sur le nom deiveth (dyivetti), « fin, achèvement », Noms traduit ainsi les paroles du Christ : « (forty nights) to me completed appear to be ». Or devethys est le prétérit 3 e pers. sing. ou bien le participe passé, qui, sous les formes devethys, devythys, dyvythys, est à chaque instant employé dans les récits, d'un verbe comique dont le correspondant est, en gallois, dygwyddo et, enbreton, digwe%out> « arriver, survenir » . Awel, à écrire en un mot, n'est pas ici un verbe, mais un substantif signifiant « besoin, désir », qui se rencontre maintes fois dans les textes : ow holen gvak dyvotter rum kymmer hag awel bos (O. 365-366). « mon cœur vide, dénuement le prend et besoin de nourriture » (sur ce passage, voir J. Loth, Etudes Comiques, dans Rev. Celt., XXVI, p. 222); ef an geue awel boys... (Pasc. 10. 4), « il eut désir de nourriture ». Pour bos, substantif, « nourriture »,cf. O. 378, 993 ; P. 45 8, 701,720; Pasc. 10. 4, 42. 1, 87. 3 (boys); M. 116, 1673,

 

 

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(delwedd F0332) (tudalen 111)

L'éludé «/«•* textes comiques.

 ni l'M'i, 1578 (/ ( < •
1 . 1 1 Gen. III, ; (hii;,<,:\. esca). Le Vocabulaire Comique donne une tonne plus ancienne hdt t gl. cibus vel esca (= gall. bwyd, bret. bouecf). Le vers 1'. |t< cité plus haut ne peut signifier que : o II me vint appétit pour la nourriture », ou, eu SUpDOf nu une construction avec le participe, analogue à la constr. participe à l'ablatif absolu en latin : « appétit m'étant venu pour la nourriture ». Vu la tournure de la phrase et la suite des idées dans les vers )£ à \2, c'est la construction avec le participe qui est la plus probable. Au vers qui suit immédiatement, on lit dans l'édition de Noms (c'est le diable qui parle, cette fois) : raara ieves vl dvbbrv (P. 17). M. Loth, dans ses Corrections aux Cornish Drainas (Rev. Cell.j XXVI, p. 234), a rétabli, comme il convient, le sens de la tonne verbale ieves = bret. deves (deveus), « il a », à rencontre de Norris qui entendait : « If he desires. . . » — En ce qui concerne xl, Norris doutait de sa propre lecture; en note (t. I, p. 225), il proposait de lire ici, puis (t. II, p. 210) wul, et de traduire : « If he wishes to eat ». M. Loth (Joe. cit.) a supposé une forme, dit-il, plus probable, uiul, peut-être yul, « désir » = bret. youl . C'était vraisemblable, mais M. Loth a été induit en erreur par Norris, dont la lecture était fautive : au lieu de yl ou wul, le manuscrit porte anal (Stokes, Collât, to Norris 3 Ane. Corn. Dram. p. 165). Anal est ici identique à azuel, dont il est question plus haut. Il faut donc rétablir le vers P. a 7 comme suit : mara ieves aual dybbry. et le traduire : « S'il a besoin de manger ». Aweyl grew (yn). Voici une expression qui a fort embarrassé traducteurs et lexicographes ; ils l'ont tiraillée en tous sens, sans réussir à en

 

 

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(delwedd F0333) (tudalen 112)

112   CuilJandre.

 donner une interprétation satisfaisante. Elle se trouve dans un passage où le Christ, avant son ascension, envoie ses apôtres prêcher dans le monde entier : ... whv dew ha dew a pregoth yn aweyl grew vn ol an beys (R. 2463-2465). Pryce, qui n'y regarde du reste pas de si près, confond aiveyl avec weyll, mutation de gweyll, et traduit yn aweyl par « at work ». Williams, faisant violence à la construction, fait de grew l'impératif greugh, « faites ». Norris, se basant sur je ne sais quel rapprochement qu'il se garde de faire connaître, donne à aweyl le sens de « far off » et traduit : « two and two, go far away preaching in ail the world ». Puis, se ravisant dans ses Additional Notes (t. II, p. 112*), il croit avoir ici affaire à la locution adverbiale a iveyl (a weî), « en vue de » (voir note précédente), identifie grew avec -le substantif pluriel gorow et propose comme nouvelle traduction : «... shall preach in the sight of men ». Par malheur, Norris ne s'est pas avisé que, dans yn aweyl (= yn a weyï), il y aurait ainsi une superfétation étrange de prépositions, yn et a, alors que a weyl (a weï) seul usité dans les textes comporte déjà tout le sens ; ni que gorow ne signifie pas « hommes » dans le sens général, mais exactement « mâles» par opposition à « femelles », en parlant de bêtes (cf gorow ha benow, O. 1022 ; benawe ha gorawe, Gwr. 2271, 2414, 2456) et « maris » par rapport à « femmes » quand il s'agit d'hommes (cf. au sing. gour ha benen, R. 2425). M. Loth respecte mieux la construction et obtient un sens plus naturel, lorsque, identifiant aweyl avec le substantif qui signifie « évangile » — le mot existe en effet dans les textes avec ce sens — et prenant grew pour la forme muée d'un adjectif croew qui correspondrait au gallois croeiu, « frais, pur », il traduit : « ... Vous prêcherez l'évangile pur » (ou... d'une façon pure) — (Rev. Celt., XXVII, p.' 266). Mais l'explication de M. Loth se heurte elle-même aux faits suivants : a) La forme verbale pregoth, qui se retrouve ailleurs, s'y

 

 

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(delwedd F0334) (tudalen 113)

xtti cm niquts, i i ^ emploie comme intransitive, sans nom complément direct d'objet : hag cn.i prcgoth [ty] a wra Vil OW lunow iK. 2458-243 « et là, tu prêcheras en mon nom ; ou bien régissant une proposition subordonnée complétive : arlutli prcgoth nv -i wr.t kepar Jd wrussys pup tra nag us ken dev âges os (R. 2475-2.477;, m Seigneur, nous prêcherons connue tu fis toute chose et qu'il n'est pas d'autre dieu que toi ». (Xorris n'a pas vu cette subordination ; voir mes notes à na, nng). b) Aucun des emplois de awtyl au sens d'« évangile » dans les textes ne permet de savoir avec certitude si, en comique, ce substantif est féminin, pour expliquer la mutation de grew. En breton, aviel est masculin; en gallois, efeng \7, féminin. c) L'adjectif crew, équivalent dugall. croew, n'est pas connu dans les textes comiques ailleurs qu'ici, à supposer qu'ici ce soit lui. d) Enfin, jamais dans les Ordinalia, non plus que dans les autres textes, yn n'est employé avec la valeur de l'article défini pur et simple, mais toujours comme préposition avec le sens « en, dans » ou comme préposition fondue avec l'article, « en le, dans le. . . », etc. L'interprétation donnée par M. Loth ne peut donc que difficilement se soutenir. Pour résoudre au mieux la difficulté du passage en question, il n'est, je crois, que de suivre de près les indications certaines fournies par les textes. Admettons qu'ici, comme ailleurs, pregotb a une valeur intransitive ; qu'ici comme ailleurs, en d'innombrables exemples, yn est la préposition « en, dans » soit simple, soit combinée avec l'article « dans le, dans la. ... » Pour ce qui concerne grew, la présence du mot en fin de vers, à la rime, en permettant de préciser la valeur du son Revue Celtique, XLIX. 8

 

 

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(delwedd F0335) (tudalen 114)

ii4 /• Cuillandre.

 représenté par sa diphtongue, fournit une indication fort utile à son identification, car on sait les multiples variations des signes orthographiques, des voyelles et des diphtongues notamment, dans les divers textes et jusque dans le même texte comique. Grew rime avec dew, au v. 2463. Or dew est la forme ordinaire en moyen comique de l'adjectif numéral masculin, dont on trouve aussi les graphies suivantes : dow-, dans doivlyn (Pasc. 137. 1, 171. 3, 220-2), « les deux genoux » et dow^ek (Pasc. 47. 1, 1, 61. 1), « douze » ; deaiv (Gwr. 967, 1212, 1234, 2180); doditdans dogan~e (= deux-vingts) « quarante » (S. M. IV, 2) et dugong, id. (Lh. 133. 1) ; dow(Borde), doo, deu (Jenner, 1875); en v. gall. et moy. bret. don ; gall. mod. dan; bret. mod. daou. A en juger par dew, la graphie -eiv de grew est donc pour -ow, et comme l'a fait observer M. Loth (Rev. Celt., XXXVII, p. 209), elle est ancienne avec cette valeur, car déjà dans le Vocab. Comique on trouve guedeu, gl. vidua (cf. gall. gweddw) ; ereu, « sillon » (cf. gall. erw, bret. ero), entoponom. Nant-Ereu (125 3^) ; Trembethaue (1401) qui, en 1307, était Trenbetbow. Si donc, rimant avec dew, grew est une forme muée pour creiv, on est parfaitement autorisé à y voir une variante d'une forme croiu. Précisément crow est connu en comique, comme substantif signifiant « sang, sang versé, mort » . [why a theth 5}' m V Q arvow] "30m peynye bys yn crow (Pasc. 74. 3), « vous êtes venus à moi en armes, pour me peiner (tourmenter) jusqu'au sang (jusqu'à la mort) », dit Jésus aux Juifs au moment où ils s'emparent de lui. Les fouets avec lesquels les bourreaux flagellèrent Jésus étaient faits de telle sorte qu'à chaque coup qu'ils frappaient, le sang jaillissait : ... may Jclle 'pan wyskens yn mes an crow (Pasc. 131,4). Crow en comique est identique au gallois cran, creu et à l'irl. crô, qui ont le même sens. Il est à rapprocher du latin cru-or, « sang répandu » (cf. cru-cntc, « avec effusion de sang»)

 

 

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(delwedd F0336) (tudalen 115)

orniquês. 115 et du *; (= *z;:f-2-:, * cluir ••, le premiei sens paraissant avoir été « chair •. cf. skr. krav-is (n.), 1 chair crue muée de erew -a /idemment, dans le passage qui nous occupe, un complément dtaweyl . en de sang • OU de mon ». Pour cadrer avec ce sens suggéré par le texte, aweyl ne peut Être la locution adverbiale signifiant « en vue de », que j'ai montrée impossible à admettre ici pour une autre raison, ni le nom signifiant « évangile », car il ne s'agit pas d'un évangile de sang et de mort. Le seul emploi à'oweyl qui permette de donner une explication à peu près satisfaisante du passage est l'emploi au sens de « désir », à condition toutefois d'interpréter la locution yn aweyl grew, > avec le désir de sang versé ou de mort » dans le sens • avec le J.ésir de répandre votre sang, de mourir ». Comme, d'autre part, il serait assez étrange que le Christ eût donné à ses apôtres, s'ils étaient animés du désir de mourir, la mission d'aller prêcher dans le monde entier (yn ol an beys) et qu'entre l'universalité de la prédication qui est dans l'intention du Christ et ce désir de mort chez les apôtres, il y aurait incompatibilité manifeste, il convient encore de préciser qu'il ne s'agirait du désir des apôtres de verser leur sang que comme martyrs, en témoignage de la foi qu'ils vont prêcher. L'interprétation est soutenable, mais, comme on voit, elle l'est péniblement et n'emporte pas d'emblée la conviction. Aweyl présentant soit impossibilité soit difficulté en tant qu'expression comique, on est amené à se demander si ce n'est pas plutôt une expression d'emprunt . Un mot se trouve qui permettrait de donner du passage une explication simple et claire; c'est l'anglais avail, du franc, aval qui a fourni le verbe avaliser. Rapproché parHatzfeld, Darmesteter et Thomas de la locution à valoir, le mot aval désigne la garantie ad valorem donnée par une tierce personne qui se porte caution dans une affaire ; on disait : « bon pour aval » au sens : « bon de garantie »; « mettre un aval » au sens : « donner pour garantie »; « cautionnement par aval »; « donneur d'aval ». La signification s'est atténuée dans l'anglais moderne avail, « utilité, profit, avantage que l'on tire de qqch. », to avail, « faire servir, faire profiter, tirer avantage » . Mais le sens étymolo

 

 

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(delwedd F0337) (tudalen 116)

  Cuillandre.

 gique garde encore de sa force au xvn e siècle, par exemple dans cette phrase de Milton : « Then shall they seek to avail themselves of names », « alors ils chercheront à se prévaloir de leurs noms (pour se garantir eux-mêmes) » c'est-à-dire que, sans valeur personnelle, ils chercheront à se couvrir du seul garant qu'ils aient, leur nom . Si l'on admet l'explication par l'anglais avail, aweyl grew c'est « l'aval du sang versé » ; « leur sang, leur vie », c'est l'aval que les apôtres donneront en garantie des vérités qu'ils ont à prêcher, la caution par laquelle ils s'engagent à répondre de la doctrine du Christ devant le monde : « deux par deux, vous prêcherez sous caution de votre sang dans le monde entier ». A cette dernière interprétation, satisfaisante pour le sens, on peut objecter que, pour représenter l'anglais avail, c'est aveyl par un -vque l'on attendrait, non aweyl par un -w-. L'objection est légère et s'écarte sans difficulté. Il est même inutile pour cela, ne considérant que la graphie, sans préjuger de la prononciation réelle, d'invoquer sur aveyl, mot d'emprunt, la possibilité d'une influence analogique des divers mots indigènes écrits aweyl, awel. C'est un fait dûment constaté par M. Loth (Rev. Ce! t., XXXVII, p. 180) que le groupe awpeut phonétiquement sortir âeav-. Du reste, le comique paraît hésiter entre les graphies awet av: on trouve awel (Gwr. 587) pour la forme ordinaire avel, prép. « comme »; sazuor (O. 1740, 1991 ; M. 1453, 2493) pour l'anglais savour, « saveur »; et au contraire aval (P. 47) à côté de awel, « désir » ; sav (M. 700) à côté de saiu, « sauf » ; a vest (Pasc. 162. 2), « à l'Ouest », à côté de a west (M. 966), aiueyst (M. 784), etc. A won. Faute sans doute d'avoir pu identifier cette expression, dans : bythqueth na vc boni a won a rollo whaf mar gales (O. 2710-271 1), Norris n'en rend pas compte dans sa traduction : « Never was a stroke which could give a blow so hard ».

 

 

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(delwedd F0338) (tudalen 117)

../< ./<•* ttxtes comiques.

 1 17
.7 m est tout simplement une sorte de proposition incise signifiant : je (le) sais ", m. .1 m. « queje sais 1. La forme non muée du verbe est çon (K. 1547; M. 1 j8, 371, etc.) et on la trouve avec mutation, à cette même 1" pers. sing., en maiiits passages :vn dra a won(0. 151), «je sais une chose»; v won (1*. 1065, Pasc. 104.3, écrit aussi : y whon (R. i « je sais ; del won (Pasc. 8. I, i)<S.}), « comme je sais» ; nv won (O 195 ; P. I9IO, 2712 ; Pasc. 75. 4, 121. I, 128. 2, 141. 2; M. jooOj etc.), je ne sais 0, Bagh. Après avoir traduit par in short » l'expression in bagh dans : in preson ty a in bagh (M. 5562) Stokes en précisant a in little » (Notes, p. 276) identifie le comique bagh avec l'adjectif gallois bach y « petit, exigu ». Il ne peut faire de doute qu'ici le mot comique est plutôt à rapprocher du substantif gall. bach, au sens de « coin », bret. bac h, u cachot » qui, d'après M. Ernault (Gloss. moy. bret.), ne serait pas différent du gall. bach, bret. bac h, au sens de « croc ». — On peut légitimement penser qu'il n'y avait pas tautologie absolue des deux expressions in preson..., in bagh, employées simultanément dans la même proposition, et que, pour l'auteur comique, in bagh ajoutait une image qui précisait l'idée de in preson. Évidemment dérivé du substantif précédent, le verbe baghe se rencontre dans le passage : del vs yethewon pup prys omma worth agan baghe (R. 1149-1150). Il est à identifier avec le verbe gallois bachu, « accrocher, attacher, saisir ; tendre des pièges », et avec le verbe breton bâcha, « saisir, confisquer et mettre sous séquestre..., renfermer» (Le Pelletier), « emprisonner » (Le Gonidec). L'apôtre Pierre

 

 

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(delwedd F0339) (tudalen 118)

n8   CuïUandre.

 qui parle se plaint des vexations des Juifs. On peut donc, avec une légère rectification pour le sens de vs (= bret. eu%, (e%) en^, « il y a »), entendre avec Norris : « Comme il y a des Juifs (Norris : The Jews are...) à tout instant ici en train de nous tendre des pièges ». Ber. C'est à tort que Norris traduit la locution a ver speys (O. 947) par « of great duration ». Stokes se trompe lui aussi en traduisant de même a vear spyes (Gwr. 2250) par « of long duration ». Ils ont cru l'un et l'autre que ver, vear représentait une forme muée de l'adjectif mur, « grand, considérable » (Voc. Corn, maur, gl. magnus) dont on trouve en effet, parmi plusieurs autres, les graphies mer (O. 2049; P. 68^, 2968; Pasc. 224.3 î Gwr. iéi, 290, 907), nieer (M. 384, 808; Gwr. 203 ; S. M. IV, 27), mère (Gwr. 8, 231, 297, 765, 1450, 1940, etc.), meyr (Pasc. 108.4), etc. (cf. en toponom. Tremeere, 1622 ; Park-meer, Mullyon ; Lannergh-mer, à côté de Lannerghvian, Chart. Henri VIII). Ver, vear sont bien des formes muées, mais de l'adj. ber, « court, bref » (Voc. Corn, ber, gl. brevis), gall. byr, bret. berr. Les locutions a ver speys, a vear spyes signifient : « à bref délai, à court intervalle », comme l'indique formellement le contexte : na allaf sparye ua moy heb gui dvel a ver speys (O. 946-947), « Je ne puis épargner davantage, sans produire un déluge à bref délai » ; ny allaf sparya na moy heb gwethill mernans a vear spyes (Gwr. 2249-2250), « Je ne puis épargner davantage sans produire la mort à bref délai ». La locution se retrouve du reste avec le môme sens très net

 

 

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(delwedd F0340) (tudalen 119)

L'élude dt jues. 1 19 dans l.i tonne./ vet fryi dans O. 1540, 1721 ; P. 509 (i ver dermyn, même sens aussi, dans O. 1 ; »i, 2381, etc.). I> cette dernière expression, il convient de rapprocher a fut termyn (M. 1711) que Stokes traduit avec raison par « in a short tinie », et où la tonne fut de l'adj. bel permet d'expriquer, par la même identification, la singulière graphie sous laquelle l'adj. se présente dans,/ WlirSpeysQA. 668), identique aux locutions citées plus haut, mais traduite a faux sens par Stokes : in a great abondance ». Norris a encore confondu ber, « court, bref » avec mer, variante de mur, « grand ». dans une autre expression qui se trouve en deux passages des Ordinalia — le premier a été rectifié par M. Loth (Rev. Cclt., XXIII, p. 220) — war ver lavarow (O. 127) et are ver lavarow (K. 986), « en peu demots ». Norris avait traduit à contre-sens : « through manv vvords ». Besse. Le mot se recontre dans M. 1475 : runi tav nv alla peragh besse. Stokes ne traduit ni peragh ni besse. — Peragh est sans doute, avec développement d'une voyelle irrationnelle, pour pargh : cf. ny vanna pargh (M. 1885); na felle sur nynsus pargh (M. 2488). Quant à besse, qui ne se trouve à ma connaissance que dans ce seul passage, je proposerais de le rapprocher, en tant que forme complexe, du simple bes (cf. bes vyth, Gwr. 191 3), bys, préposition, et adverbe aussi, signifiant « jusqu'à » ( = vx. bret. bit, gl. usque ; bel, id. (J. Loth, Vocabul . v. bret . p. 52, 54); gall. bel). Bes, bys comporte assibilation finale. Besse, avec assibilation devenue interne dans le composé (sur l'assibilation, voir J. Loth, Etudes Comiques, dans Rev. Celt., XVIII, pp. 401-423) serait en comique l'équivalent de l'adverbe breton, employé aussi comme préposition, bete, vannetais bile, dont on trouve en moyen-breton la graphie bette (Chrestom., p. 349, 355).

 

 

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(delwedd F0341) (tudalen 120)

120 J. Cuillandre.

 Aujourd'hui encore, en vannetais, l'adverbe bite, bett a le sens de « plus désormais, d'ici longtemps » (Ernault, Vocab . bret.fr. du dial . de Vannes ), « longtemps a avec négation (Le Goff, Supplém . au dict . -bref . fr. de Vannes), soit le sens du vieux français « maishui » (Ernault, Gloss. moy. bref., p. 62). Dans le Mystère de sainte Barbe, v. 268, evitvete^est employé comme synonyme de da donet, « à venir, à l'avenir », ibid., v. 266. Dans le Mystère de Jésus (éd. La Villemarqué) : bete^... an bech nian ne dougaf tam signifie : « Jamais je ne pourrai porter ce fardeau ». Le P. Grégoire donne vetei\ et fetei\ qu'il traduit par « maishuy », ou « d'aujourd'hui » avec idée de futur ; le Dictionn. de l'Armery, « maishui » : bite. Tel est bien aussi, en comique, le sens de 11a fella (« pas plus longtemps »), qui, précisément avec le verbe pargh, s'emploie dans une formule équivalente à celle où s'emploie besse : na fella ny vanna pargh (M. 1885), « je ne veux pas(l')endurer plus longtemps » ; na felle sur nynsus pargh (M. 2488), « il n'y a pas à (l')endurer plus longtemps ». Et ce sens s'harmonise fort bien avec le contexte de M. 1475 : « Par ma foi, je ne puis (y) résister plus longtemps ». Bes vyth. C'est avec doute que Stokes traduit cette expression par « anything », dans Gwr. 1913L'interprétation est inadmissible, car on ne peut songer à y expliquer bes par le subst. bys (bes), « existence, monde » . Je crois que bes vyth est une locution adverbiale composée de la préposition ou adverbe bes, autre graphie de bys, « jusqu'à » (cf. dans Gwr. 1560 : bes in peyll ; 1567 : bes yn thotha ; 1827 : bes yn neave ; 1495 : bes in cosow, etc. ; cf. encore besse, ci-dessus) et de vyth, qui fréquemment dans Gwreans s'emploie au sens de « jamais » avec négation : na gymmer marth V 5 54, « ne conçois d'émerveillement, jamais » ; gow vyth na lavarai 624, « je ne dis jamais de mensonge », etc. Bes vyth signifierait ainsi : « jusqu'ici, ou jusque-là, jamais », ou « jamais encore ». sens nettement appelé par le contexte :

 

 

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(delwedd F0342) (tudalen 121)

../(• ./<* /('v/is CCI niques.

 \ 2 I
KOrtliK rebo dew an ow r\ thym .m oowethys .me nytnbea bea v ttui 1 Gwi . 191 1-1913), Adoré soit Dieu le Père de nudonner la (cette) nouvelle, (telle) que, assurément, je n'(en) ai eu jamais d'aussi grande ». Il convient toutefois d'observer que nytnbes est un présent, correctement traduit par Stokes : I luveuot », littéralement : . n'est a moi . Maison s'attendrait plutôt à un passe, comme le montre ma traduction . Il va tout lieu de croire, une confusion étant très facile dans la lecture du ms. entre f (=s) et/(= t), que la leçon véritable est, non pas nymbes, mais nymbef, « je n'ai eu », forme de prétérit primaire i re pers. sing. dont on trouve plusieurs autres exemples, sans la négation, précisément dans Gwreans : Hehvs uni bef(y. 1979), « j'ai eu des entants » ; kemmvs gyrryow teake uni beff (v. 1018), « j'ai eu tant de belles paroles » ; ci. avec la négation une forme équivalente à nymbef: nain buef the wruthyl gènes (0. 658), « (que) je n'ai à faire avec toi ». Bethens . Il n'y a, entre les verbes, aucun rapport de subordination qui pût autoriser Xorris à traduire : bethens fvstenyn dy (R. 2415), par « let us be fastening to it »'. — Bethens n'est pas une i re pers. plur., mais une 3 e pers. sing. de l'impératif de bos, « être » : « qu'il soit, que cela soit, soit ! » ; cf. bethens (P. 2374; M. 972, 1517); fo?#w(Pasc. 55.2,57.4,113.2, 1 1 8 . 1 et 3 , 1 26 . 4) ; bejans (Pasc . 149 . 4 ) ; bythens (P . 794) ; bethyns (M. 818); bethance (Gwr. 1854, 2259, 2463). Quant à dx, c'est un adverbe de lieu employé avec un verbe de mouvement {fvstenyn) au sens de « y, là » (sens du latin ed), et Norris devait le rendre par thither, plutôt que par « to it » .

 

 

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(delwedd F0343) (tudalen 122)

122 J. Cuillandre.

 La traduction exacte du passage est : « Soit ! Hâtons-nous d'y aller » . Beua (maym), Beu vy (may). Par une regrettable distraction, Stokes confond beua dans la locution verbale maym beua (M. 47) avec le verbe qui signifie « vivre » (bret. beva), en traduisant : « that I may live ». Puis, dans ses Notes a l'édition de Beunans Meriasek (p. 266), il considère la même locution comme appartenant à la conjugaison du verbe cafus : autre erreur. Maym beua est une forme du verbe « être » (subj . 3 e pers. sing.) employé avec le pron. pers. infixe i re sing. pour rendre l'idée « avoir » : « pour que soit à moi », « pour que j'aie ». Norris ayant, lui aussi, traduit maybeuvy cres(K. 2224) par « that I may live peaceful », M. Loth (Rev. Celt., XXVI, p. 266) estime qu'il faut lire mayben, avec flexion personnelle irrégulière. — En réalité, telle qu'elle est présentée parle ms. la leçon est correcte pour la forme verbale: il y a eu seulement apocope de la consonne finale du pron. pers. infixe qui l'accompagne : may beu vy est en effet pour may(jn) bev-vy, « pour que j'aie, moi ». Les exemples ne manquent pas de cette apocope de la consonne finale du pron. pers. infixe devant le verbe « être », au sens « avoir » : may borne (R. 842) = ma y(m) bo-me « pour que j'aie, moi » ; mayfoÇP. 2108) = ma y(th)jo, « en sorte que tu aies » ; ny feth (M. 3578) = ny(th) feth, « tu n'auras » ; rebo (M. 780) = re(ii) bo, « qu'il ait » (voir mes notes à bo), etc . — Avec sa nota augens i re pers. sing. -vy, mutation de my (— -ve, mut. de me ; = -va, mut. de ma), l'expression may(rn) beu vy, en dépit de la différence des graphies, est identique pour la valeur et pour le sens àmaxiubeuaÇM.. 4j),may(^m)bome(R.S/\2), ma m bome(0. 207 7); identique, sauf remplacement de la conj . ma par la négation, à nambyve (P. 542) = na y(m) byv-(v)e, nain byma (O. 2254), nam borna (Gwr. 1526), « que je n'aie, moi, » etc. Bew. D'accord sur ce point avec Norris et avec Williams, M. Loth

 

 

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(delwedd F0344) (tudalen 123)

idi des /(• v/c-^ comiques.

 1 1 j XXVI, p. 124) considère bew comme substantif et le traduit comme tel, dans le passage : prysoo moi ny treynj n in bew kyn kentreynya ol .t^.in kvc (R Morris avait fait de ce substantif un complément du treynyn ; M. Loth met l'expression agan bew sur le même plan que l'expression 61 agan kyc, en tant que, toutes deux, régimes directs du verbe kentreynyn et traduit :«... quand même nous gâterions notre vie, toute notre chair ». Norris avait évidemment tort, le verbe treynyn ayant pour régime l'infinitif mas, « aller ». Mais la construction est impossible aussi telle que L'entend M. Loth, car le verbe kentreynyn ne peut comporter aucun régime direct, étant intransitif avec le sens de « pourrir, être mangé par les vers (caution) ». D'autre part, s'il est vrai que dans le Vocabulaire comique b'ut glose vita (cf. ibid. biu en lagai,g\. pupilla) et qu'en gallois />vîc est donné par les lexicographes pour un substantif, il ne peut s'agir là que d'une dérivation par changement d'emploi ; c'est en réalité un adjectif que bew en comique, byiv en gallois, beo en breton, au sens de « vif, vivant » ; le substantif « vie » est en comique beunans (beii'iians), en gallois byivyd, en breton bue\. De fait, ainsi que l'attestent de nombreux exemples ', dans les textes comiques, bezu est toujours employé en qualité d'adjectif, avec sens adverbial dans les expressions ynfew(K. 1442), ynfyv (M. 1784),^ bew (Gwr. 1480), tout comme en breton 1. Cf. mar pethaf bev (O. 2347), « si je suis vivant » : bedre veyf byv (P. 847), bedre veyf bew (P. 1020), bedre veyn bev (P. 115), hedre vyugh byv (O.2349), « tant que je serai, que vous serez vivant » ; guel vye e gase bev (P. 1592), « mieux vaudrait le laisser vivant » ; a pe bev (P. 3158), « s'il était vivant » ; tusvev(0. n 52), « des gens vivants » ; bos byzu (R. 904), « être vivant » ; pur venu (Gwr. 1235), « bien vivants », etc. — Ce sont des expr. comme dasserghy the veto (P. 3083), en breton dasorc'hi a varo da veo, « ressusciter de la mort à la vie » qui ont pu faire considérer bew (beo) comme un substantif ; il y est en réalité adjectif : « ressusciter de mort à vivant ».

 

 

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(delwedd F0345) (tudalen 124)

124 /• Cuilïandre.

 l'adjectif beo, employé adverbialement dans la locution t\ veo. En breton aussi, cet adjectif peut s'employer précédé de l'adj. possessif de l'une des 3 pers. du sing. ou du plur.,dans une construction qui correspond au français : « de mon, de ton. de son, de notre, de votre, de leur vivant » ; ainsi : en e veo, « de son vivant» (Ernault, Vocab. bref, franc) ; cf. en gallois : yn fy myiv, « de mon vivant ». De même, l'expression comique agan bew signifie « de notre vixant », c'est-àdire « nous, tout vifs », et se trouve grammaticalement en apposition au sujet du verbe kentreynyn. Quant au groupe de mots ol agan kyc, c'est un régime indirect, agan ayant la valeur de la prépositions, « de », jointe à l'adjectif possessif i re pers. plur. avec le sens « de notre... », tout comme am peut équivaloir à « de mon », ath, à « de ton », agas, à « de votre », ainsi que je l'ai montré (voir mes notes à am et agas). Ainsi entendu, le sens du passage R. 74-76 est : « En prison nous n'hésiterons pas à aller, quand bien même, de notre vivant (tout vifs), nous (y) pourririons de toute notre chair ». Bo. Une erreur que j'ai relevée à plusieurs reprises chez Norris concerne le futur ou subjonctif 3 e pers. sing., bo, « il sera » ou « qu'il soit » ', considérée par lui comme un présent. Par exemple, il traduit : pan fo nos (R. 2438), par : « when it is night », alors que le sens est : « quand il sera nuit » ; rag y fo the gras gynen (R. 2424), par « for thy grâce be it with us », au lieu de : « parce que ta grâce sera... » ou « pourvu que ta grâce soit avec nous » (cf. pynag a fo, R. 2000, « quoi que ce soit ») ; bvth ny reys thyn doutye tra y fo crist map maria hay gras gyncn (R. 2427-2429), 1. Employé aussi en comique, sous les formes bo, po (Voc. Corn, pi), avec la valeur d'une particule disjonctive : « soit... soit... » ; cf. Pasc. 24.3, 125.3 ^ 4, 144-4, 175-5. etc — Bret P e 6

 

 

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(delwedd F0346) (tudalen 125)

L'étude des Uxlti toi niques, par :• Never need wedoubtany ihing tbai i tbeson ol Mary and His grâce with us », Dans ce dernier exemple, l'erreurde temps se complique d'une erreur de construction (jgynen t • avec nous doit être entendu après y fo crisi aussi bien qu'après bay gras...) et d'un taux sens concernant le verbe doutyequi ne signifie pas ici « avoir un doute ou des doutes », (cf. dont tan vtarn theth lesky(R. I430), « crains que le feu d'enter ne te brûle » ; dowt me gênas the serry (Gwr. S50), » crains que je ne nie tâche avec toi », etc.). Le passage doit être entendu : « Jamais il ne nous faudra rien craindre, (tant) que sera (ou: pourvu que soit) le Christ, fils de Marie, et sa grâce avec nous ». Le sens de « avoir » que traduit bo quand il est précédé du pronom personnel, a échappé à Norris : ihyworthe magau bo gras (O. 1749), ne signifie pas « from them grâce is so great... », mais littéralement : « d'avec eux pour que grâce soit à nous », c'est-àdire: « par eux, pour que nous ayons la grâce... » ; ni : me ath wysk may fo drok pvn (P. 2108) ne signifie : « I will strike thee, that pain may be bad », mais : « Je te frapperai, que tu (en) aies peine douloureuse ». Dans ce dernier exemple, il y a apocope de la consonne finale du pron. pers. in fixe dans may fo = ma y(jh) fo, comme du reste le suggère dans le contexte, un peu plus loin, la forme verbale rethfoÇR. 2132), « puisses-tu avoir », employée dans les mêmes circonstances. Pour d'autres exemples d'apocope de la consonne finale du pron. pers. infixe, voir mes notes à beit vy {may). Faute d'avoir reconnu une apocope analogue dans rebo qui, à mon avis, est pour re(ti)bo, Stokes traduit inexactement : an iovl rebo the worfen (M. 782), par : « May the devil be thv end ». Il faut, je crois, entendre : « Que ta fin (ta mort) soit au diable ! », « Que le diable ait ta fin ! ».

 

 

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(delwedd F0347) (tudalen 126)

126 ]. Cuillandre.

 Boita. Insidieusement, le Serpent exprime à Eve sa crainte que le secret qu'il va lui confier ne soit dévoilé par elle. Elle lui répond : ny vannaf the theskyvra. . . rag henna meare tha volta ty a yll gui tha negys (Gwr. 579-581). Stokes traduit meare tha volta par : « if thou wishest ». C'est de tout point impossible. La conjonction « si » dans Gwreans an bys est toujours mat, mara ou mars ; comme l'indiquent de nombreux exemples du même texte, meare {cf. v. 711, 1255, etc.) ou mear (cf. v. 205, 702, 899, 1343, 2448, etc.) est une variante de mur, adjectif, « grand », ou adverbe, « grandement ». Tha ne peut évidemment pas être le pron. personnel 2 e sing. et sa présence serait d'ailleurs incorrecte devant un verbe supposé à une forme personnelle. Quant à volta, c'est une forme verbale qui s'explique malaisément au i>ens de « vouloir, désirer ». Précédé de la préposition tha, « à, pour » provoquant mutation par affaiblissement, volta suppose une forme non muée boita, très régulièrement. Boita, selon toute vraisemblance, doit être un infinitif emprunté à l'anglais to boit, avec le sens « lâcher carrément (qq . parole), dire hardiment » (A. S. boit, Germ. bol^eii). — Pour la construction de l'adj. mer (meare, mear = mur) avec tha suivi de l'infinitif, d. précisément dans Gwr. 161 : mer thavlamya, « grandement à blâmer ». On obtient de la sorte, avec une construction correcte, un sens très satisfaisant : « Je neveux pas te découvrir (= dénoncer) ; c'est pourquoi, avec une grande hardiesse pour (me la) dire, tu peux accomplir ta mission (m. à m. faire ton affaire) » . Bos, « nourriture ». . — Voir Awel, Aual, « désir »

 

 

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(delwedd F0348) (tudalen 127)

VitutU (ii' , > tf\tcs comiques.

 Bos, Boys, « être Dans ses Notes à Beunans Meriasek, p. 2;; a rangé àtort parmi lesformes du verbe&w, être », au prétérit secondaire i M pers. sing. la forme verbale me a vyen qui se rencontre au v. 2998 ; avec sa désinence personnelle, elle serait tout à fait incorrecte: en effet quand le pronom sujet précède le verbe, en Construction dite emphatique, le verbe se présente a toutes les personnes sous la tonne impersonnelle. Me avyen est en réalité pour tnea vyn, « je veux », prés. r c ' sing. du verbe menny, « vouloir », et rime avec na ven, que je ne sois », au vers suivant. Stokes n'a pourtant pas manqué de remarquer ce développement, surtout à la rime, de la voyelle irrationnelle -eou-v-ct il cite lui-même (p. 271) drues (v. 1047), graes (v. 669), plaesÇy. 633), purgoeth (v. I979)i Uiei " ( v 2093), ragoen (v. 2742), suyr(y. 1924), îuyr (v. 2263), duys (v. 4056), fuir (v. 905), etc., pour drus, gras, plus, purgoth, tant, ragon, sur, lur, Jus, fur, etc. Pour le verbe « être », le breton moderne possède un infinitif passé beça bet, « avoir été » (m. à m. « être été »). Le comique des textes ne connaît, pour le passé comme pour le présent, qu'un seul infinitif. D'autre part, et du point de vue syntaxique, il va de soi qu'en comique comme ailleurs l'infinitif présent marque normalement concomitance d'un état ou d'une manière d'être par rapport à une action non seulement présente, mais tout aussi bien passée ou future marquée par le verbe duquel il dépend ; en d'autres termes, cet infinitif présent n'a pas la valeur proprement temporelle d'un présent, mais une valeur modale de simultanéité d'un passé, d'un futur ou d'un présent relativement à un autre passé, à un autre futur ou à un autre présent. Par exemple, dans la phrase : kvn thevelv dethv pel ov boys heb y clowes lel ny vennen y ankevy (M. 3708-3710), la construction infinitive ov boys(= lat. vie esse) dépend d'une

 

 

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(delwedd F0349) (tudalen 128)

128   Cuillandre.

 proposition dont le verbe est à l'imparfait : kyn thevely. Si l'infinitif présent boys n'équivaut pas — et c'est ici improbable — à un infinitif parfait qui manque au comique, « avoir été », il ne peut équivaloir qu'à un imparfait, non à un présent, « (that) Iam », comme l'entend Stokes, et il faut traduire : « Malgré qu'il lui semblait que j'étais longtemps à l'écouter (= à l'exaucer) loyalement, je ne voulais pas l'oublier ». Breder. Norris avait traduit l'expression a vreder (P. 692) par« speedily ». Williams l'entend de même et y voit le substantif berder, « brièveté » formé sur l'adjectif ber, « court, bref » et devenu ici breder par métathèse de IV. — M. Loth (Rev. Celt., XXVI, p. 235) accepte la traduction de Norris et l'explication de Williams, et conclut que a vreder signifie exactement v d'ici peu, en peu de temps » . Mais cette explication se heurte à une double objection : c'est d'abord qu'elle modifie sans nécessité la leçon du ms. et qu'ensuite elle propose un mot qui ne se trouve nulle part ailleurs dans les textes, La leçon authentique du ms. s'explique telle quelle sans difficulté par breder, pluriel du substantif broder, « frère » (O. 449, 525, 578, 1827, 1842 ; M. 1696 ; S. M. IV, 18 et 21), dont Qn trouve aussi les variantes : brader (P. 188), brodar (Gwr. 1100, 1300) ; le Vocabulaire Comique présente braud et broder, gl. frater; pour le comique moderne, Lhwyd (242.1) donne bredar. Le pluriel breder se trouve dans R. 11 63 : the vreder, « tes frères », et dans M. 2848 : ov breder dun ny the dre, « mes frères, venons à la maison (= allons chez nous) ». Le substantif a même un pluriel collectif bredereth (P. 714 ; M. 1755, 4252), brudereth (P. 1430), en comique moderne brodera Ih (S. M. IV. 18, 21). Avec a, particule exclamative qui amène normalement après elle mutation par affaiblissement (d. a thu, « ô Dieu ! », Pasc. 246.2 ;athev, id. R. 87 ; avester, « ô maître », Pasc. 65. 2 ; a dase, « ô père », M. 25 ; Gwr. 93e, etc.), l'expression a vre

 

 

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(delwedd F0350) (tudalen 129)

L'étude Jf\ ttxtii comiques.

 i2<> ilt-r pouvait à première vue, dans le passage en question, signifier tenu naturellement : « à frères I
Mais l'apôtre Pierre qui parle se trouw seul avec saint Jean, etc'est à lui seul qu'il s'adresse en le priant de se hâter pour que la Cène SU trouve prèle quand viendra Jésus avec les autres disciples : fystyn leman me atfa pys m. i\ fo dyghtys .1 vreder <\'. 691-692). Le pluriel se concevrait donc mal, s'il s'agissait d'une expression inrerpcllative. Traduire par un singulier, comme y avait d'abord pensé Xorris (t. [, p. 27K note), c'est ne pas respecter l'indication tonnelle du pluriel breder fournie par le ms. Il faut donc', respectant ce pluriel, voir dans a autre chose que la particule exclamative. Devant un nom, ce ne peut dès lors être qu'une préposition suivie de son régime. La préposition a >\\cc le sens « de » ne procurerait pas une interprétation soutenante. Mais si on consent à voir dans a la préposition que j'ai identifiée plus haut et qui, employée concurremment avec ll.m (//v), signifie « à, pour », aussitôt tout s'explique aisément et clairement : « Hâte-toi, maintenant, je te prie, afin que le souper [soper, v. 689] soit préparé aux frères », ou «... prêt pour les frères ». Le contexte immédiat s'harmonise fort bien avec le passage ainsi entendu. En effet, à l'invite de Pierre, Jean répond : otte an tan o\v tcwv dens pan vo both ganse y aga bos a vvth parvs "(P. 693-695), « Voici le feu qui flambe (m. à m. brûle) ; qu'ils viennent quand ils voudront : leur nourriture sera prête ». La 3 e pers. plur. de L'impératif dens, du pronom personnel avec nota angens, ganse y, de l'adjectif possessif aga est un rappel évident du pluriel breder, et le v. 695 est une réplique fort nette au v. 692. Je ne crois pas inutile de faire remarquer que, quelques vers plus loin, dans la même scène, et précisément quand ils arrivent Rfiue Celtique, XLIX. 9

 

 

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(delwedd F0351) (tudalen 130)

130 •  Cuiîlandre.

 pour se mettre à table, Pierre parle de ses frères, brederetb (y. 714), les disciples de Jésus. Brys. 11 n'est pas possible d'entendre avec Stokes : « There thou canst learn, ifit be thy wish, mue h of goodness », les deux vers : ena ty a yl dysky martegen the vrys mur dader ' (M. 60-61) car martegen est un adverbe qui signifie « peut-être » (cf. martesen, ibid., 3291), et d'autre part brys au sensd' « esprit, sentiment, jugement » ne peut ni avec l'adj. possessif //#, « ton, ta... », ni avec la préposition the, « à », permettre une interprétation satisfaisante du passage, à moins de supposer the = theQlf), « à ton », c'est-à-dire la préposition jointe au pron. infixe 2 e pers. sing., avecapocope de la consonne finale du pronom ; il y a d'autres exemples d'une apocope semblable (voir mes notes kbeii vy [may]et à bo). Dans ce cas le sens du passage serait : « Là tu pourras apprendre peut-être beaucoup de bien pour ton esprit». Il est possible que nous ayons plutôt dans the vrys une locution adverbiale signifiant « avec rapidité, rapidement » (cf. gallois brys, « vivacité, promptitude, célérité » ; brysio, « se hâter, se dépêcher ») et qu'il faille entendre : « Là tu pourras apprendre peut-être rapidement beaucoup de bien ». Je dois toutefois faire remarquer que brys au sens d'« esprit, sentiment, jugement » est fréquent dans les textes comiques, tandis qu'au sens de « vivacité, promptitude », suggéré par le gallois, il ne se trouve que dans ce seul exemple-ci. Bus. Nynfus est, avec la négation, la 2 e pers. sing. du prétérit primaire du verbe bos, « être » (cf. y fus, M. 338 ; avec nota

 

 

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(delwedd F0352) (tudalen 131)

jues. 131

 

augens : fetel vusta, M non une j pers. i in^. comme l'entend Sto There lus not been.... 9, dans : m n tus teka ( ».i ^ (M \ ; lieu de : Il n'y a pas eu... , il faut traduire : Tu n'as pas été plus bel homme... ». Bynynryth. Norris et Williams traduisent cette expression par « woful woman dans K. 875, ou elle se rencontre. En réalité, elle est a identifier avec btnen rid qui, dans le Vocabulaire Comique (20,7*), glose femina, et avec le gallois l't'iu-ii rydd. Avec son sens de « femme, femelle », bynynryth s'oppose à gorryth (O. 2837), mâle » (ci. gorruid, gl. mas vel masculum, dans le Yoc. Corn. 1 9,7 l ) • ^ a même opposition marquée par ces formes composées existe entre les formes simples gour ha benen (R. 2425), au pluriel gorotu ha benozv (O. 1022), benawe ha gorazue (Gwr. 2271, 2414). (J SltilTt.) J. CuiLLAXDRE.


Sumbolau:

a A / æ Æ / e E / ɛ Ɛ / i I / o O / u U / w W / y Y /
MACRON: ā
Ā / ǣ Ǣ / ē Ē / ɛ̄ Ɛ̄ / ī Ī / ō Ō / ū Ū / w̄ W̄ / ȳ Ȳ /
MACRON + ACEN DDYRCHAFEDIG: Ā̀ ā̀ , Ḗ ḗ, Ī́ ī́ , Ṓ ṓ , Ū́ ū́, (w), Ȳ́ ȳ́
MACRON + ACEN DDISGYNEDIG: Ǟ ǟ , Ḕ ḕ, Ī̀ ī̀, Ṑ ṑ, Ū̀ ū̀, (w), Ȳ̀ ȳ̀
MACRON ISOD: A̱ a̱ , E̱ e̱ , I̱ i̱ , O̱ o̱, U̱ u̱, (w), Y̱ y̱
BREF: ă Ă / ĕ Ĕ / ĭ Ĭ / ŏ Ŏ / ŭ Ŭ / B5236:  B5237: B5237_ash-a-bref
BREF GWRTHDRO ISOD: i̯, u̯
CROMFACHAU:   deiamwnt
A’I PHEN I LAWR: , ә, ɐ (u+0250) https: //text-symbols.com/upside-down/

ˡ ɑ ɑˑ aˑ a: / æ æ: / e eˑe: / ɛ ɛ: / ɪ iˑ i: / ɔ oˑ o: / ʊ uˑ u: / ə / ʌ /
ẅ Ẅ / ẃ Ẃ / ẁ Ẁ / ŵ Ŵ /
ŷ Ŷ / ỳ Ỳ / ý Ý / ɥ
ˡ ð ɬ ŋ ʃ ʧ θ ʒ ʤ / aɪ ɔɪ əɪ uɪ ɪʊ aʊ ɛʊ əʊ /
£
ә ʌ ẃ ă ĕ ĭ ŏ ŭ ẅ ẁ Ẁ ŵ ŷ ỳ Ỳ Hungarumlaut: A̋ a̋

U+1EA0 Ạ U+1EA1 ạ
U+1EB8 Ẹ U+1EB9 ẹ
U+1ECA Ị U+1ECB ị
U+1ECC Ọ U+1ECD ọ
U+1EE4 Ụ U+1EE5 ụ
U+1E88 Ẉ U+1E89 ẉ
U+1EF4 Ỵ U+1EF5 ỵ
gw_gytseiniol_050908yn 0399j_i_gytseiniol_050908aaith δ δ £ gw_gytseiniol_050908yn 0399j_i_gytseiniol_050908aaith δ δ £ U+2020 † DAGGER
wikipedia, scriptsource. org

https://en.wiktionary.org/wiki/ǣ
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Y TUDALEN HWN: www.kimkat.org/amryw/1_testunau/testun-248_jos-kuilhandr_joseph-cuillandre_textes-corniques_1931-1932_2131k.htm
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Creuwyd: 14-11-2018
Joseph Cuillandre (Jos Kuilhandr 
Ffynhonell: archive.org
Adolygiad diweddaraf: 14-11-2018
Delweddau: 
 

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